JOHN CARPENTER'S
ASSAULT ON PRECINCT 13.

Titre français : Assaut.

CKK Corporation présente un film de John Carpenter avec Austin Stoker (Bishop), Darwin Joston (Wilson), Laurie Zimmer (Leigh), Martin West (Lawson), Tony Burton (Wells), Nancy Loomis (Julie), Kim Richards, Henry Brandon, Charles Cypher et Frank Doubleday.
Directeur de la photo Douglass Knapp, Monteur John T.Chance (Carpenter), Décors et effets sonores Tommy Wallace, Script et assistante monteur Debra Hill, Musique de John Carpenter, Producteur exécutif Joseph Kaufman, Produit par J.S.Kaplan, Ecrit et Réalisé par John Carpenter. 91 Minutes. 1976. La musique n'a pas été éditée mais on trouve l'intégralité du score en 27 morceaux sur le Laserdisc NTSC piste analogique droite.

L'histoire : Après le massacre d'un gang par la police, un groupe de voyous extrêmement dangereux, armé jusqu'aux dents, décide de faire un massacre dans la rue. Pendant ce temps un père et sa fille achètent une glace, le lieutenant Bishop arrive au commissariat 13 pour y prendre son poste avant la fermeture définitive et Napoléon Wilson, condamné à mort, prend le bus fédéral pour aller à son exécution.
Tout ce petit monde va se retrouver dans ce commissariat, assiégés par des tueurs arrivant de toutes part et bien décidé à les exterminer. Policier et criminel devront s'allier pour sauver leurs vies et il en résultera une nuit éprouvante, un état de siège dont tous les survivants en sortiront changés après un combat à mort.

 

 

" Assaut est une adaptation moderne de Rio Bravo. La plupart de mes films sont des Westerns, sous une forme ou une autre. Aujourd'hui, je ne pourrais plus faire un film comme Assaut. Trop de violence. " Propos recueilli par Première au Festival Gerardmer pour le n°215.

Se faire appeler John T.Chance au lieu de mettre son propre nom pour le montage fut la façon la plus simple, pour Carpenter, de faire comprendre, à ceux qui connaissaient Rio Bravo, que ce film en était un vibrant hommage (J.T.Chance est le nom que porte John Wayne dans le film). Et les cinéphiles l'ont assez bien compris d'ailleurs.
Personne, il y a 20 ans, n'aurait pu imaginer qu'Assaut était ce thriller si imaginatif venant d'un réalisateur qui avait tout à prouver.
Même si Halloween propulsa vraiment la carrière de Carpenter au rang de réalisateur de films cultes, Assaut restera pour beaucoup l'œuvre le plus achevée de celui-ci.
Il est vrai que c'est ce film qui donnera le ton de ses prochains long métrages et faire d'Assaut un western moderne n'était pas sans réels problèmes majeurs. Les héros n'étant plus trop à la mode en 1976, il fallait réussir à montrer que des hommes et des femmes pouvaient réagir avec violence face à une situation qui ne l'était pas moins sans pour autant en faire un film fasciste.
Carpenter raconte qu'Howard Hawks avait une devise pour ses films : relier entres elles cinq ou six scènes chocs du mieux que l'ont pouvaient. Carpenter décidera alors de tourner LA scène choc que personne n'osera refaire sur grand écran : l'assassinat d'une petite fille, symbole d'une Amérique qui s'aime sans y voir sa noirceur et sa violence quotidienne.
Cette scène value à Assaut une interdiction aux moins de 18 ans et elle est coupée de la plupart des versions vidéos sauf celle du laserdisc ntsc ou elle y est montrée en intégralité, ce qui d'ailleurs amuse beaucoup son réalisateur sur la piste des commentaires audio.
Mais Assaut renvoi à un autre film que Rio Bravo. En effet comment ne pas penser aux chef d'œuvre de Georges Romero : la Nuit des Morts Vivants, quand l'ont voient les tueurs avancer tels de magnifiques Zombies, implacables, sans bruits ni vies propres. La seule explication du film pour cette violence, d'ailleurs, a un thème assez fantastique puisque l'on y parle de taches solaires qui influenceraient le comportement.
L'efficacité est le premier mot qui vient à l'esprit quand l'on revoit Assaut. Malgré un scénario linéaire, Carpenter veut avant tout raconter une histoire qui met en place des personnages normaux dans une situation anormale.
" Pour faire un bon film d'action, il faut impliquer le spectateur dans l'histoire, le forcer à réagir, à prendre parti. Autrement, ça ne marche pas. Assaut a fonctionné et fonctionnera encore parce que la hantise de l'agression gratuite obsède absolument tout le monde… ".
Pour impliquer le spectateur dans l'action et dans le film, Carpenter va utiliser pour la première fois la Panavision (format Cinémascope 2:35) dans l'intention d'occuper le mieux possible l'espace du cadre et nous permettre d'avoir une vision parfaite des mouvements et de la position des personnages.
Ainsi fait, il pourra nous montrer nos peurs les plus profondes : les angoisses nocturnes et l'insécurité de la société moderne. L'Amérique y est montrée avec son éternel malaise racial et Carpenter sera d'ailleurs accusé à l'époque de racisme, la plupart des agresseurs étant noirs. Agissant dans l'indifférence générale les voyous deviennent rapidement les maîtres et la "loi du talion "semble être la solution radicale qui réunira condamné à mort et policiers tant le danger est grave.
Tourné pour 100.000$, Assaut met en scène des acteurs pratiquement inconnus.
Le rôle de Napoléon Wilson fut écrit pour Darwin Joston que Carpenter connaissait et qui avait joué dans des films pour la télévision.
Austin Stoker fut engagé sur casting, il était connu pour ses rôles principaux dans des films de l'époque de la "blaxploitation "(films, tournés uniquement par des noirs avec des noirs et pour des noirs comme la série des Shaft). Sheba Baby ou Abby, mais aussi la Bataille de la Planète des Singes font partie de sa filmographie.
Laurie Zimmer venait du Théâtre, c'était son premier rôle cinématographique, et Kim Richards (la fillette) était connue pour ses prestations dans divers films de chez Disney comme Escape to Witch Mountain (La Montagne Ensorcelée).
Personne, en 1975, n'ayant encore vu Dark Star sur la côte Est des Etats Unis, il fut assez difficile pour le producteur J.S.Kaplan de mettre au point un nouveau projet avec Carpenter qui était toujours un inconnu pour la plupart des financiers.
Mais le future réalisateur d'Halloween avait écrit un scénario intitulé Eyes et il avait réussi à le vendre à Barbra Streisand et Jon Peters (futur producteur heureux de Batman de Tim Burton) pour un film avec la célèbre chanteuse dans la rôle principal. Quelques temps plus tard, le projet Streisand fut avorté pour celui d'Irvin Keshner avec Faye Dunaway dans le rôle titre des Yeux de Laura Mars. Le scénario fut maintes fois remanié à la demande des producteurs, mais Carpenter écrit à ce moment un nouveau film intitulé the Anderson Alamo remake moderne de Rio Bravo.
En juillet 1975, ils commencèrent la préproduction qui dura 4 mois. La plupart des personnes engagées venaient de l'université. Le budget étant assez faible les décors n'était pas tous aux même endroits (pour exemple quand le Lieutenant Bishop sort de sa voiture et regarde le commissariat, il est en fait en face des palmiers de Venice). Le décor de la station fut construit dans des anciens studios de la RKO.
Une des dernières scènes tournées fut celle du marchand de glace et de la petite fille. La scène de départ, le massacre du gang, fut rajoutée au dernier moment afin de faire commencer le film par une scène d'action
Le titre original fut changé pour the Siege mais c'est Irvin Yablans qui le renomma Assault on Precinct 13 (on notera pour les plus avisés que cela se passe en fait au Precinct 9, Division13).

Carpenter à propos d'Assaut :
" Je me rappelle que ce fut ma première collaboration avec Debra Hill. "
" Le générique était assez simple (lettres rouges sur fond noir) et d'une incroyable lenteur pour que le film fasse plus long. (…) J'avais eu l'idée de mettre la date et l'heure au bas de l'écran pour faire documentaire ; je ne le referais que sur Christine. (…) Pour montrer que cette ville ensoleillée qu'est Los Angeles pouvait être dangereuse nous avons chercher et chercher pour trouver les endroits les plus désolés. "
" L'histoire ressemble beaucoup aux westerns de Hawks dans sa lenteur et dans ces personnages. Les héros sont vraiment tirés de son univers. "
" Frank Doubleday, qui jouera dans Escape from N.Y, devait être un tueur sans merci. Lui préférait être carrément une machine à tuer, une arme. "
Howard Hawks adorait les dialogues sur les cigarettes comme dans Le Grand Sommeil et je pense que ceux d'Assaut en sont un hommage comme dans la scène du bus. "
Wilson : Got a smoke ?
(t'aurai pas une clope ?)
Starker : You ask me before.
(j't'ai déjà répondu).
Wilson : I never got a definitive answer.
(j'ai pas eu de réponse précise).
Starker : I don't smoke.
(je fume pas).
Wilson : That's a definitive answer.
(ça c'est une réponse definitive).
(…)
Starker : Why did you kill those men ?
(pourquoi t'as descendu ces mecs ?)
Wilson : Everybody ask me the same question.I always tell them the same thing. First time I ever saw a preacher he said to me : " Son,there something strange about you. You got something to do with death ".
(tout le monde me pose la même question. Je leurs répond toujours la même chose. La première fois que je vois un prêtre il me dit : Mon fils il y a quelque chose d'étrange avec vous. La mort semble être à vos cotés).
Carpenter :
" On peut penser que les voyous d'Assaut seront les futures invités de la prison de New york en 1997. (…) Je ne me doutais pas à quel point tourner un film était si fatiguant. Dark Star s'était fait sur plusieurs années, mais là le tournage à duré à peu près 22 jours, ce qui est très rapide. De plus j'étais très angoissé à l'idée de monter le film, c'était ma première fois. "
" Je ne pourrais plus tourner une séquence comme celle de la petite fille…j'ai des enfants maintenant. Cette scène fut entièrement storyboardée et Kim Richards a adorée mourir. Ce n'était vraiment pas un film Disney mais nous avions une actrice Disney. "
" L'attaque finale vient tout droit d'Alamo. "
" Ce film est avant tout basée sur le Destin. Tous sont au mauvais endroit, au mauvais moment. "
" Les acteurs et techniciens devaient tourner dans le froid et cela nous a tous endurcis. "
" Ce film était trop sanglant pour les Etats Unis mais il a eu un beau succès en Europe et surtout au British Film Institute. Enfin l'on parlait de film à suspense et plus de film sanglant. On m'a même comparé à Don Siegel (réalisateur de l'Inspecteur Harry et autres films considérés comme très violents) ce qui fut loin de me déplaire, mais le rythme d'Assaut est trop lent pour être comparé au style de Don. "
" Nous avions peu d'argent, de l'inspiration, des rêves et fait ce que nous pouvions…