JOHN CARPENTER'S
HALLOWEEN.

Titre français : La Nuit des Masques.
Compass International Pictures présente un film de John Carpenter, avec Donald Pleasence (Loomis), Jamie Lee Curtis (Laurie), Nancy Loomis (Annie),
Charles Cyphers (Brackett) et Nick Castle (Michael Myers). Scénario de John Carpenter et Debra Hill, Directeur de la Photographie Dean Cundey,
Monteurs Tommy Lee Wallace et Charles Burnstein, Musique de John Carpenter, Production Designer Tommy Lee Wallace, Producteur Exécutif Irwin Yablans,
Produit par Debra Hill, Réalisé par John Carpenter. 1978, 93 minutes, Panavision.
Musique éditée chez Varèse sarabande (référence CD n°vcd 47230). Un disque a été édité pour le 20ème anniversaire du film chez le même éditeur (ref :vsd 5970).

L'histoire : 1963, la nuit d'Halloween à Haddonfield dans l'Illinois. Michael Myers jeune garçon d'une dizaine d'années se met sur le visage un masque de clown et va assassiner sa sœur, fautive d'avoir couché avec son petit ami, en lui assénant plusieurs coups de couteaux. 1978, après avoir été interné pendant 15 ans, Michael va s'échapper et revenir dans sa ville pour y commettre d'autres meurtres. Le Docteur Loomis qui sait, après avoir essayé de le soigner, que Michael est une machine à tuer, se rend à Haddonfield pour mettre en garde le shérif Brackett. Mais c'est la nuit du 31 octobre, le soir de la fête d'Halloween…

 

" Le mal comme force indestructible de la nature. Dans la lignée de Psychose d'Hitchcock. Des panoramiques en Cinémascope, tournage de nuit et Donald Pleasence pour 200.000$. J'étais jeune à l'époque. " in Première 215.

Le croque mitaine (boogie man en anglais), figure mythologique de la peur du noir, du placard ouvert ou encore de la maison isolée, qui prend vie sous l'identité de Michael Myers appelé aussi le Mal, si l'on s'en réfère aux dires du docteur Loomis.
Le coté mascarade de la fête d'Halloween disparaît bien vite par la mise en scène parfaite qui nous implique dans une histoire ou nous nous retrouvons de parti pris en se projetant dans cet univers nocturne qui nous terrorise depuis la plus tendre enfance.
L'intelligence du travail de Carpenter nous fait vite oublier le peu d'originalité du scénario. Il se crée un monde basé sur 2 principes fondamentaux qui sont le temps et l'espace.
Le temps avec cette attente perpétuelle qui nous empêche de sursauter mais bien d'être terrorisés, et l'espace avec la caméra qui se déplace par les yeux du tueur.

La première séquence, le meurtre de la sœur de Myers, qui est un bijou de technicité à tous les niveaux nous prépare à cette approche.
Le départ tout d'abord ou l'on assiste aux ébats de 2 teen agers par la vision de ce que l'on croit être un homme adulte par sa respiration et le fait qu'aucune autre personne ne puisse tenir le rôle de ce voyeur pervers. Cette respiration ce faisant de plus en plus forte, de longs plans de SteadyCam nous font passer dans la maison d'où l'on peut voir le petit ami sortir.
Jusque là nous restons dans les lignes classiques du film de genre ou nous savons que cette jeune fille va mourir et l'on sait pourquoi.
Puis le tueur va prendre un masque de clown et celui-ci placé sur la caméra, la respiration du tueur en devient complètement surréaliste comme celle d'une machine et notre vision, maintenant limitée, va rendre la scène stupéfiante entraînant un stress impressionnant.
Quelque chose dérange dans la vision de ce meurtre. Tout d'abord la fille connaît son assassin (elle l'appelle Michael) mais surtout le couteau, trop grand dans cette petite main (celle de Debra Hill).
Le meurtre, d'une grande sauvagerie, exécuté, un plan arrière de SteadyCam nous fait comprendre l'étrangeté du crime. D'abord le regard des parents de la fille, horrifié à la vue du couteau ensanglanté, et qui doivent baisser les yeux pour regarder le tueur…il est donc de petite taille.
Puis les parents enlèvent le masque et l'on découvre un enfant au visage d'ange mais sans aucun trait de caractères qui nous inciterais à se demander s'il s'est rendu compte de ce qu'il vient de faire.
L'on sait qu'il est perdu pour avoir osé transgressé l'ordre moral des enfants. La caméra s'éloigne au cri de la mère, le père restant à coté de son enfant désemparé.
Scène exemplaire servie d'une musique angoissante à souhait et qui présage le meilleur pour la suite.
15 ans plus tard le docteur Loomis entre en scène et nous explique, par l'intermédiaire d'une infirmière curieuse, que Michael Myers est l'incarnation du Mal et que le démon du crime à pris possession de lui. Et le Mal s'est échappé, avec cette scène surprenante ou l'apparition fantomatique des fous en blouses blanches, éclairés par les phares de la voiture de Loomis, et l'attaque de Myers sont d'habiles transitions pour nous expliquer que le croque mitaine est de retour.

Carpenter va pouvoir maintenant utiliser ses références de cinéphile pour nous présenter ses futures victimes, et cette ville, Haddonfield, l'habile contraire de celle d'Assaut. Une ville où il fait bon vivre avec ses petites maisons agréables et ces habitants qui, insouciants vont nous être montrés par des poncifs du genre comme la jeune Laurie, la plus sérieuse, et ses amies qui ne pensent qu'à fumer des joints et à "s'envoyer en l'air " bien cachées, alors que sexe = mort. Nous devenons à ce moment précis des spectateurs privilégiés car la première scène nous a bien expliqué que pratiquer le sexe est bien la dernière chose à accomplir dans cette ville où le Mal rode.
Longuement, la menace va s'étendre sur la petite bourgade et en particulier sur Laurie que nous savons être le personnage qui intéresse le plus le tueur puisqu'il la suit dans toute la première partie du film.
Mais jamais Carpenter ne tombe dans la facilité en nous donnant notre dose de meurtres, non, il est plus intéressé par la méthode que le tueur va employer. Ainsi l'on ne sait pas quand le couperet va tomber, le stress restant de ce fait tout au long des séquences.
Dès lors tous les petits gestes de la vie quotidienne vont devenir, pour le spectateur, des raisons d'avoir peur. Du coup de fil de collégiennes à la tâche sur un vêtement, tout est prétexte à faire peur et le moins que l'on puisse dire c'est que cela marche.
Et cette ville, si agréable le jour, de devenir si effrayante la nuit par son dédale de rues que l'on pourrait assimiler à un labyrinthe de l'horreur.
Le docteur Loomis n'est pas étranger à notre peur car ses paroles sur Michael Myers font de lui un être complètement surréaliste, une machine à tuer, l'incarnation du mal, ce qui nous amènent à penser que rien ne pourra l'abattre.
Seule Laurie sera choisie pour incarner le Bien et devra donc combattre l'entité qu'est Michael. Et de cet affrontement en ressortira une logique irréfutable bien que repoussante : le Mal ne peut être tué.
Et Loomis de répondre à Laurie quand elle lui demande si c'était le croque mitaine : " Oui mon enfant, c'était lui. "
Après lui avoir tiré six balles dans le corps Loomis s'apercevra que Michael a non seulement survécu mais qu'il s'est, une fois encore, échappé.
Le Mal existe bien et les longs plans qui nous montrent les ruelles et les maisons désertes expliquent que rien n'est fini, la respiration dans la maison Myers en dit long sur les pouvoirs du tueur et sur son invincibilité.

5 millions de dollars de recettes, Grand Prix du public (Licorne d'or) au Festival International de Paris du Film Fantastique et de Science Fiction, prix de la critique à Avoriaz, Halloween fut, en 1979, un succès tant critique que public pour les amateurs du genre. Mais le film donna le feu vert à une pléiade de mauvais remakes tels la série des Vendredi 13, la plus connue à ce jour, et qui jamais n'égaleront l'original tant le traitement de ces Splatters Movies (littéralement "film qui gicle ") était axé sur les effets sanglants et non sur le suspense.
A la base le scénario d'Halloween était une œuvre de commande que Carpenter écrit en 8 jours et qui devait s'appeler Baby Sitter Murders.
Avec son budget de 300.000$ ce film sera doté d'un plan précis, travaillé minutieusement par Carpenter pendant les 3 semaines de préproduction et dont plusieurs scènes à l'instar d'Assaut seront storyboardées.
Le casting nous présente, pour la joie des plus grand fans du fantastique, un irascible Donald Pleasence qui nous compose un superbe Docteur Loomis et qui reviendra dans les 3 autres séquelles d'Halloween traitant l'histoire de Myers, et une jeune actrice, Jamie Lee Curtis, qui s'envolera après Halloween 2 vers des films aux histoires toutes différentes tels que, Un Fauteuil pour Deux, Un Poisson Nommé Wanda ou True Lies . Elle reprendra en 1998 son personnage de Laurie dans Halloween H20, célébrant ainsi le 20ème anniversaire de ce film. Elle est d'ailleurs à l'origine du projet.
Pour rendre le tueur encore plus terrifiant, Carpenter l'affuble d'un masque d'une incroyable pâleur qui le fait ressembler à un ange de mort. Ce masque existait vraiment en magasin et était vendu comme la réplique du visage de William Shatner en tant que capitaine Kirk dans Star Trek. Personne ne sait si l'acteur a intenté un procès à la firme qui a commis ce masque mais toujours est-il que le rendu à l'écran en est fantastique quand la blancheur du visage apparaît soudainement dans l'obscurité des maisons.
C'est Irwin Yablans qui proposa à Carpenter d'écrire un scénario sur ce tueur de babysitters.

Le film est sorti le 25 octobre 1978 à Kansas City où il eu un énorme succès. Halloween remporta à l'époque la coquette somme de 5 millions de dollars et au fil des ans plus de 65 millions ce qui multiplie par 200 les bénéfices.
N'étant pas toujours disponible en vidéo au format Cinémascope, ce qui le rendait impossible à regarder tant l'ambiance n'y était plus, ce n'est que dernièrement que la collection de laserdisc Criterion sorti Halloween en format respecté avec les commentaires sur piste audio de Carpenter, Jamie Lee Curtis et Debra Hill.
Sur ce laser chaque fin de face comporte des scènes additionnelles, tournées en même temps qu'Halloween 2 pour la chaîne NBC qui avait achetée les droits du film pour le diffuser à la télévision. Mais elle pensait qu'il était beaucoup trop sanglant à son goût. Carpenter coupa donc des scènes mais le film ainsi amputé fut jugé trop court. L'équipe de tournage d'Halloween 2 rappela certains comédiens du premier et rajouta ces parties suivantes :

- la première scène fut retournée et le masque cache tellement l'écran que le meurtre de la sœur de Michael y est presque invisible.

- 1 an après dans un hôpital psychiatrique Loomis essai de convaincre des médecins incrédules que Myers est le Mal incarné, ce qui reste sans succès.

- Loomis se rend ensuite dans la chambre de Michael pour lui dire qu'il à beau avoir berné les autres médecins, lui à tout compris.

- 1978, Loomis se rend dans cette même chambre, cette fois dévastée, après l'évasion de celui ci et remarque l'inscription Sister (Sœur) sur la porte

- Laurie et Jamie discutent "chiffons " et de la peur d'un homme qui les suit.

Rien de bien passionnant et Carpenter, que l'idée d'une suite n'enthousiasmait pas, fut déçu par l'approche de ce montage télé qui pour lui expliquait trop de choses qui devaient rester dans l'ombre.
Le film est ressorti en France, format respecté, chez Gaumont en DVD et Dolby Digital (en VO).
Un DVD Zone 1 d'excellente facture est sorti chez Anchor Bay en edition limitée double disque comportant le film version cinéma et la version longue, sans le commentaire de Carpenter.
La musique quant à elle est disponible dans deux éditions (la deuxième édition pour fêter le 20ème anniversaire du film). Sont inclus des bonus de musiques et des dialogues du film. Elle est la représentation parfaite de ce film.

Il existe un très bon site sur les films Halloween.

" J'étais le musicien le moins cher que la production pouvait avoir pour orchestrer mon film. Mes influences sont plus à chercher du coté de Bernard Herrman (qui travailla sur la plupart des films d'Hitchcock) et d'Ennio Morricone avec qui j'ai travaillé sur The Thing. "
" Je pense que sans cette musique, il n'y aurait pas d'Halloween. "

Carpenter, Debra Hill et J.Lee Curtis à propos d'Halloween :

JC : " Halloween à marché parce que nous ne montrions pas aux gens ce qu'ils voulaient voir "

JLC : " Je me souviens de la maison des Myers, en ruine, que l'équipe reconstruit complètement en neuf pour l'ouverture du film. Dans cette scène d'ailleurs je me rappelle que la sœur de Michael et son petit ami ont fait l'amour de la manière la plus rapide qui soit. " (ndla : le temps, en fait, que Michael attrape un couteau dans la cuisine soit 20 secondes à l'écran).
JC : " Donald et moi nous sommes rencontrés lors d'un repas pour discuter du film et il m'a dit que la seule raison pour laquelle il était venu, c'était que sa fille avait adoré Assaut. J'étais terrifié, mais Donald fut quelqu'un d'adorable pendant tout le tournage. "
DH : " Notre premier choix était Christopher Lee pour le rôle de Loomis, il nous fallait un fort accent anglais, et quelques temps plus tard Christopher est venu me voir pour me dire à quel point il avait regretté de refuser ce rôle. Il est vrai que la carrière de Donald fut relancée grâce à Halloween.
JLC : " Après le premier jour de tournage, j'ai cru que j'allais être virée. "

DH : " Jamie ne fut pas le premier choix de John. Moi je la voulais uniquement parcequ'elle était la fille de Janet Leigh (ndla : et de Tony Curtis), l'héroïne de Psychose d'Hitchcock. "

JC : " Ce film fut surtout critiqué à cause des personnages. Tout le monde croyait que nous avions fait exprès de faire de notre héroïne une vierge pour que la morale soit sauve. En fait nous la voulions timide et naïve afin d'en faire une rêveuse, une fille qui pouvait ressentir l'anormalité d'une situation par sa façon d'observer la vie. "
JLC : " C'était vraiment un film de copains. Tout le monde était très jeune, les plus vieux étant John et Debra qui avaient la trentaine. Et mes pantalons… ils étaient vraiment horribles. "
JC : " Donald a rejeté certains dialogues où il discutait avec sa femme au téléphone. Il pensait que Loomis ne devait pas avoir de famille. Je n'osais pas lui dire non. "
DH : " Je me rappelle que John avait déjà la musique dans la tête bien avant de savoir de quoi allait parler le film. "
JC : " Le film autant que la musique doivent beaucoup aux films de Dario Argento et notamment à Suspiria. Le nom de Brackett, le shérif joué par Charles Cyphers, vient de Leigh Brackett, la scénariste de certains films de Hawks comme The Big Sleep (le Grand Sommeil) et El Dorado. Le nom de Loomis vient du personnage joué par John Gavin dans Psychose. "
DH : " J'aimais beaucoup la maison délabrée qui nous a servie comme décor pour celle des Myers. Elle avait presque l'air vivante. "
JC : " L'une des questions que l'on m'a le plus souvent posée fut de savoir ce qui me terrorisait le plus comme si connaître les peurs de John Carpenter était si fascinant. Je répondais toujours par la perte de contrôle de soi et de sa vie, puis, je répondais que j'avais très peur des forces des ténèbres et de la mort. Après tout, l'horreur est un language universel. Tout jeune j'étais allé voir It Came From Outer Space (le Météore de la Nuit de Jack Arnold) et quand j'ai vu ce météore en 3D traverser l'écran pour ce jeter sur mon visage dès le générique, je fut complètement terrifié. Et j'ai alors compris que c'était ce que je voulais faire : Terroriser les gens en faisant ce genre de films. Je me suis alors échappé de la vie, très peu trépidante, que j'avais en allant au cinéma pour essayer de comprendre comment ces films étaient faits.
Mais le fantastique était souvent comparé au genre porno, ceux qui faisaient cela étaient soit fous, soit pervers. "
JLC : " Je pense que ce qui intéressait Debra et John dans Halloween c'était de placer dans la petite vie gentille de gens conservateurs et aveugles de la violence du 20è siècle, le Mal incarné. "
JC : " Les films d'horreurs sont les plus amusants à tourner car pleins de gens veulent jouer les morts, ils adorent ça. George Romero m'a raconté un jour que les critiques de films venaient le voir quand il tournait pour pouvoir jouer un zombie. (…). Dans Halloween il y a eu de mauvais moments comme la scène d'amour entre P.J.Soles et son petit copain. Etant très timide, c'était la première scène d'amour que je tournais, je ne me sentais pas du tout à ma place. Certains des meilleurs moments étaient les moments d'improvisation des acteurs comme lorsque le tueur regarde la victime qu'il vient d'assassiner en hochant la tête comme un enfant qui trouve que le tableau qu'il regarde est bizarre, ce passage est vraiment cool. (…).
Le Final Cut est ce qu'il y a de plus important dans le choix de mes films. Sans lui je me sens prisonnier du système.
Pour la démarche de Myers je me suis inspiré du travail qu'avait fait Yul Brunner sur Westworld (ndla : Mondwest de Michael Crichton). Je voulais une sorte de robot invincible, inhumain. Quand Laurie lui enlève son masque vers la fin je voulais donner l'impression que sans ce masque Michael était incapable de survivre !
Je ne voulais pas faire une suite à Halloween que je trouvais unique pour ce qu'il était. C'était un film de gosses, travaillé avec beaucoup d'amour, de panache, et je pense que cela se voit sur l'écran. Je trouve gênant qu'Halloween en soit déjà à son 6 è opus (un 7ème et un 8ème ont été déjà réalisé depuis ces commentaires). "
" Attention à la nuit "…trop cool, non ? "

Pour finir ce chapitre Halloween, sachez que parmi les nombreuses copies du film de Carpenter, il y en a particulièrement une à retenir : Scream de Wes Craven. Ce film est un hommage au genre reprenant les ficelles de ce que l'on appelle les Splatters Movies. De plus il est parsemé d'anecdotes sur Halloween, à voir donc.