JOHN CARPENTER'S
The FOG.

Titre Français : Fog

Avco Embassy Pictures présente un film de John Carpenter avec Adrienne Barbeau (Stevie Wayne), Jamie Lee Curtis (Elizabeth Soley), John Houseman, Tom Atkins (Nick Castle), Janet Leigh (Kathy Williams), Nancy Loomis, Charles Cyphers (Dan O'Bannon), George " Buck " Flowers (Tommy Wallace), Rob Bottin (Blake), Darwin Jonston (Dr Phibes) et Hal Holbrook dans le rôle du Père Malone. Musique de John Carpenter, Directeur de la Photographie Dean Cundey, Décors de Tommy Lee Wallace, 1er Assistant Réalisateur Larry J.Franco, Maquillage Spéciaux Rob Bottin, Monteurs Tommy Lee Wallace et Charles Bornstein, Ecrit par John Carpenter et Debra Hill, Produit par Debra Hill, Réalisé par John Carpenter.1980. Panavision. 89 minutes. Disque édité chez Varèse Sarabande (référence vcd 47267) pour la première version et Silva Screen pour la deuxième édition.

L'histoire : Il y a 100 ans le navire pirate Elizabeth Dane du Capitaine Blake s'échoue sur les cotes de la petite ville d'Antonio Bay. Aujourd'hui, alors que la ville s'apprête à fêter son centenaire, le Capitaine Blake et ses hommes reviennent pour apporter leur malédiction et prendre la vie de 6 personnes. Quel est le mystère qui entoure les habitants d'Antonio Bay et pourront-ils échapper au brouillard ?

 

 

" Un hommage aux bandes dessinées d'horreur de mon enfance. Faire du brouillard le personnage principal s'est révélé très compliqué. Je suis totalement satisfait du résultat. " Première 215.

" Quand le brouillard s'installe, la terreur commence… "

Continuant l'exploration de nos angoisses, Carpenter, lors d'un voyage à Stonehenge, à l'idée d'utiliser la fantastique nature du brouillard pour remplacer le tueur d'Halloween.
En effet, suite au succès de ce dernier la barre est placée haute pour Carpenter et son équipe, et la déception serait grande s'il ratait son prochain film tant pour les producteurs que pour ces nouveaux fans avides de sensation forte.
C'est Avco Embassy, jeune compagnie indépendante qui va proposer à Carpenter de travailler avec lui. Il propose alors cette histoire de brouillard et développe le scénario avec Debra Hill en 2 semaines. Pour ce qui est de l'équipe technique ainsi que des acteurs autant prendre les copains d'Halloween.
Mais le Mal étant cette fois un élément naturel, il ne va pas être facile de le contrôler voir de le créer grâce aux effets spéciaux. Le budget a beau être 3 fois supérieur à son dernier film, 900.000$, ce brouillard maléfique qui envahit Antonio Bay est extrêmement difficile à réaliser, Fog restant malgré tout un film à budget restreint.
Mais c'est sans compter sur les collaborateurs de Carpenter qui vont tout mettre en œuvre pour que ce film soit aussi angoissant que son prédécesseur et ses armes blanches.
Tout d'abord ce sera la superbe photographie de Dean Cundey, qui va faire de la moindre petite route d'Antonio Bay matière à faire peur. Ses couleurs qui virent du bleu au rouge sont absolument étonnantes et il réussit le tour de force de rendre le brouillard terrifiant avec cet éclairage qui le rend phosphorescent.
Mais le collaborateur le plus précieux de Carpenter sera le touche à tout Tommy Lee Wallace.
Chef décorateur, Monteur, et surtout zombie terrifiant, Wallace fait tout sur Fog. Chaque plan d'un fantôme ou de sa main, c'est lui, il est partout et il se surpassera dans la salle de montage.
Car à la fin du tournage, Carpenter et son équipe vont se rendre à l'évidence : le film ne marche pas. Il est trop lent pour la mise en place des personnages et les fantômes n'apparaissent que bien après la moitié du film.
Carpenter et Debra Hill vont alors trouver 2000$ de plus pour tourner de nouvelles scènes.
Elles vont inclurent notamment l'ouverture où toute la ville déraille de minuit à 1 heure du matin afin que le spectateur soit accroché dès le début. Les passages où les personnages joués par Atkins et Curtis découvrent le cadavre sur le bateau seront modifiées pour être rendue plus effrayante, elle nous permettra de revoir, pour la scène d'hôpital, l'excellent Darwin Joston, héros d'Assault on Precinct 13.
Ces séquences tournées, Tommy Lee Wallace et Charles Bornstein vont faire un travail impressionnant sur leur table de montage. De la lenteur va sortir la rapidité avec un film coupé de telle façon que le rythme, et donc l'angoisse, s'en trouve transcendés.
Il suffit de regarder le passage où le père Malone raconte à K.Williams et son assistante (jouée par Nancy Loomis) l'aventure de l'Elizabeth Dane pendant que Nick et Elizabeth fouillent le bateau et se raconte aussi leurs moments passés pour comprendre l'intelligence du travail des 2 compères. Ces passages, séparés dans le montage original, rendaient l'histoire beaucoup moins effrayante.
Mais le montage y a été aussi pour beaucoup dans le rendu du brouillard grâce aux possibilités de passer le film en marche arrière ce qui permettait de le faire avancer alors qu'il préférait quitter le décor au gré du vent.
Des astuces qui permettront de rendre vivant ce Fog et d'installer le mythe du brouillard au niveau des monstres et autres croques mitaines du 7è art.
Les effets spéciaux seront crées par A & A Spécial effects société dirigée par Dirck Albain.
Carpenter renouera donc avec le mythe du fantôme, d'une façon dégoulinante certes, tout en gardant les idées significatives de ce thème tels que les phrases à connotation fantastique comme : " 6 doivent mourir " sur la planche venant du bateau pirate.
" De minuit à une heure appartient aux morts. Seigneur délivre-nous " sur le cahier de l'ancêtre du Père Malone.
Phrases lourdes de sens mais qui en disent long sur le classicisme du film.
Carpenter commencera même Fog par une phrase d'Edgar Allan Poe : " All that we see or seem but a dream within a dream "(tout ce que nous voyons ou sommes n'est qu'un rêve dans un rêve). Phrase qui résume le fait que le fantastique entre dans nos vies, les bouleverses et repart aussitôt laissant derrière lui de quoi se poser des questions sur la peur, la mort et la futilité de l'existence, thèmes récurant de l'œuvre de Carpenter. Avoir peur pour se sentir mieux en sortant de la salle, voilà le but que recherche inconsciemment tout amateurs de fantastique et d'horreur.
C'est Joe Dante qui filma très bien ce besoin dans son excellent film Matinee (Panique à Florida Beach en français, encore une belle traduction ! !) qui raconte l'histoire d'un faiseur de peur du 7è art qui jubilait en voyant les gens heureux de se sentir vivants à la fin des projections de ses films. Ce personnage est inspiré de la vie du producteur William Castle dont la vocation était la même.
A la première vision de the Fog on est d'abord frappé par les similitudes avec Halloween. Le Mal est en ville et le combat, inégal certes, Humain/Spectre ne fait que commencer. La mise en scène de Carpenter va, avec ce film, jouer avec nos nerfs en variant les passages d'horreurs pour contourner notre attention. Dans un plan une lame va traverser un corps pour que dans l'autre un crochet se lève pour ne jamais s'abattre. Il remplace la vision par l'écoute en introduisant des effets au synthétiseur ce qui ne manque pas de faire sursauter le spectateur. C'est ainsi qu'en attendant d'être surpris par des visions monstrueuses, nous le sommes de ne rien voir laissant nos nerfs dans un état de crispation constant.
Comme dans Assaut les personnages centraux finiront le film isolés de tous, dans l'église ou le phare, ce qui conforte l'incommunicabilité entre eux et le reste du monde. Les endroits où l'on peut survivre se font rare.
Depuis Halloween le passé est déterré par les morts et autres croque-mitaines comme si cela faisait partie d'un rituel horrifique du culte de Satan ou de magie noire. C'est le passé qui est cause de la terreur et les personnages de Fog devront s'absoudre pour nettoyer les fautes de leurs ancêtres.

La musique, lancinante et au thème obsédant, est pour beaucoup dans l'ambiance. Le film d'ailleurs ne saurait marcher sans elle.
Carpenter s'y essaie aux bruitages comme avant goût de son chef d'œuvre : Prince des Ténèbres.

Une nouvelle version de la musique a été éditée chez Silva Screen, remasterisée mais sans morceaux additionnels convaincants. On aurait préféré une édition comportant touts les inédits existants sur le laserdiscs.

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The Fog est sortie en Laserdisc Ntsc en format Widescreen, c'est à dire respecté, avec les commentaires de John Carpenter et Debra Hill sur la piste analogique. Fait rarissime, à la fin du film toutes les bandes annonces y sont compilées aussi bien celle du cinéma que les spots télévision mais se sera surtout le dernier chapitre qui fera date car nous y trouvons des prises de vues de tournage des effets spéciaux et un bêtisier hilarant où il fait bon voir Janet Leigh n'arrivant pas à dire son texte pour cause de fou rire, Hal Holbrook sortant des insanités sous un ton très ecclésiastique ou encore l'équipe des effets spéciaux qui s'abandonne aux gags de plateau. A découvrir aussi l'intégrale de la musique (même les morceaux de jazz que passe Stevie) sur l'autre piste analogique.
Le premier
Zone 2 de chez TF1, bien qu'en format respecté est loin de tenir ses promesses.
2 Editions spéciales sont sorties, l'une en zone 2 (Studio Canal, excellente comme toujours), mais c'est le Zone 1 qui retient notre attention. En effet il y a le mixage mono d'origine et le remixage 5.1, differents dans leur musique. Le film a été remixé avec la bande son du cd et ne correspond pas toujours a celle d'origine. Etonnant ....


Pour l'anecdote c'est Rob Bottin qui joue le capitaine Blake, il sera le fabuleux créateur du monstre de The Thing quelques temps plus tard et fut oscarisé pour son travail sur Total Recall de Paul Verhoeven.
Janet Leigh est très connue pour son rôle dans Psychose d'Hitchcock et à tournée dans une cinquantaine de films.
Hal Holbrook a lui aussi une grande carrière Hollywoodienne avec des films dont par exemple Magnum Force et Creepshow.
The Fog eut le prix de la critique en 1980 à Avoriaz.

Carpenter à propos de the Fog :
" Le tournage de The Fog commença en 1979. Nous avons écrit le script, Debra et moi de février à mars 1979.Tous les deux nous avons arpenté toute la cote californienne pour trouver notre phare qui était à 40 miles de San Francisco. Après avoir fini le film nous sommes partis, Adrienne et moi, en vacances à Tahiti. Quand nous sommes revenus, je suis allé en salle de montage et ce fut un désastre…le film ne marchait pas ! "
" Nous étions très stressés, car on nous demandait de faire mieux qu'Halloween alors que ce n'était pas du tout le même genre d'ambiance. "
" Je me rappelle la scène d'ouverture, je devais jouer face à Hal et j'étais terrifié Toute l'équipe s'est fichue de moi. Jamais plus je n'ai recommencé … jusqu'à Body Bags. "
" Encore une fois l'héroïne du film vient des personnages de chez Hawks, Adrienne fume comme Lauren Bacall… "
" Beaucoup de gens n'ont pas compris la vision que j'avais des histoires de spectres. Ils m'ont critiqué en disant que tout était illogique dans ce film. Mais qu'il y a t'il de logique quand on raconte une histoire de fantôme. "
" Dans certains plans il y a nos affaires personnelles comme la couette du lit d'Adrienne qui appartenait à Debra, ou mon appartement qui servait pour Nancy Loomis. C'est amusant de les voir à l'écran maintenant. "
" The Fog fut en partie tourné à Bodega Bay le lieu même où Hitchcock tourna les oiseaux. "
" Pouvoir travailler avec Janet Leigh fut une grande joie, même quand elle a dû refaire une scène 40 fois ce fut toujours dans la bonne humeur. "
" Je me rappelle que les scènes en mer me rendaient malade. Je ne voudrais pas revivre ça. "
" Je me demande encore comment on a pu nous laisser tourner dans cette église qui sert de refuge au Père Malone tant le caractère du film était loin des rites de l'église. "
" Le passage où Hal apparaît soudain et de ce fait terrorise Janet a fait sursauter tout le monde à Avoriaz en 1980, ce fut un moment inoubliable. "
" Fog vient vraiment de l'univers de Lovecraft… "
" Tommy Wallace a tout fait dans ce film, du zombie à la main qui ouvre une porte. "
Debra Hill : " Nous avions peu d'argent alors nous avons fait tourner les passages d'Hal et de John (Houseman) en une seule fois pour ne pas les retenir sur le plateau afin d'économiser un peu d'argent. "
Carpenter : " Nous avons récupéré plein d'objet d'autres films tel que l'escalier interne du phare qui venait de 20.000 lieues sous les mers. "
" Le nom de Kobritz, la nounou du fils d'Adrienne, vient de Richard Kobritz producteur sur mon téléfilm Someone's Watching Me (Meurtres au 43è étage) et futur collaborateur sur Christine. "
" Quel choc de voir le maquillage de Rob en Wormface (Face de vers) sur le haut du phare. DEGOULINANT ! "
" Je me suis lancé dans la musique pour essayer de trouver un moyen de sauver le film. "
" Bob Rehme, à l'époque président d'Avco Embassy, m'envoya une page du Weekly Variety où il y avait d'écrit que Fog était dans les 10 premiers du box office. J'ai gardé ce papier et quand je le vois, je me rappelle à quel point nous étions proches de la catastrophe. "
" Le film fut très difficile à tourner, différent d'Halloween, mais ce fut un plaisir en partie grâce aux acteurs. "