JOHN CARPENTER'S
THE THING.

Une production Turman-Foster Company, un film réalisé par John Carpenter avec Kurt Russell (MacReady), Wilford Brimley (Blair), T.K.Carter (Nauls), David Clennon (Palmer), Keith David (Childs), Richard Dysart (Dr Cooper), Charles Hallahan (Norris), Peter Maloney (Bennings), Richard Masur (Clark), Donald Moffat (Gary), Joel Polis (Fuchs), Thomas Waite (Windows), Larry Franco (Le Passager Norvégien). Scénario de Bill Lancaster d'après la nouvelle " Who Goes There ? " de John W. Campbell Jr, Directeur de la Photographie Dean Cundey, Musique d'Ennio Morricone, Chef Décorateur John J. Lloyd, Effets spéciaux de maquillages par Rob Bottin, Effets spéciaux visuels d'Albert Whitlock, Effets spéciaux Roy Arbogast, Monteur Todd Ramsay, Assistant réalisateur Larry Franco, Produit par Lawrence Turman et David Foster, Co-Produit par Stuart Cohen, Producteur Associé Larry Franco, Producteur exécutif Wilbur Stark, Réalisé par John Carpenter. Panavision. 1982. 108 minutes. Disque édité chez Varèse Sarabande (référence vsd 5278).

L'histoire : 1982, l'Antarctique, un chien est poursuivi par 2 Norvégiens en hélicoptère qui essayent à tout prix de l'abattre. L'animal réussira à rejoindre une base Américaine situé un peu plus loin. Après le décès des 2 hommes, vraisemblablement fous, les 12 occupants de la station vont vite s'apercevoir que ce chien n'est pas ce qu'il semble être. Il est "la chose ", un extra terrestre qui va essayer de prendre peu à peu possession de leurs corps afin d'envahir la Terre.

 

" Un de mes films préférés. Le monstre le plus outré du cinéma. Des comédiens hors pair. Pourtant, les critiques et pas mal de fans ont descendu le film à l'époque. C'est le début de ma crise d'identité. " Première 215.

En 1951 sort un film d'Howard Hawks : La chose d'un autre monde (the Thing from Another World). Officiellement crédité à Christian Niby le film fut bien réalisé par Hawks et ce fut son seul film d'épouvante. La Chose était tiré d'une nouvelle de John W. Campbell intitulé Who Goes There ?et qui paru en 1938, sous le diminutif de Don A. Stuart, dans le magazine Astounding Science Fiction. Le scénario de ce film signé au départ Charles Lederer fut réécrit par Hawks qui lui donna cette forme et cette vision si originale. Il déplaça le lieu de l'action, à l'origine dans l'Antarctique, au pôle Nord puis intégrera une histoire d'amour avec Nikki, le personnage qu'interprétait Margaret Sheridan. Mais c'est dans sa vision de l'extra terrestre qu'Hawks changera les choses, préférant au monstre tentaculaire au sang vert et aux quatre yeux rouges l'être végétal se nourrissant de sang humain. Assez proche du monstre de Frankenstein cette " carotte de l'espace " ne ressemblait plus vraiment à celui qui était télépathe et qui devait s'emparer des esprits et des corps humains du roman d'origine.

Comment Carpenter pouvait ne pas adapter cette histoire où claustrophobie, solitude et paranoïa se mêlent sous le couvert de l'envahissement du Mal. A croire que cette nouvelle fut écrite pour lui.
C'est David Foster et Stuart Cohen qui décidèrent de renouveler l'histoire en revenant à la source du roman. Après plusieurs projets avortés, dont un avec Tobe Hooper, les deux producteurs et la Universal qui a acheté les droits vont soumettre le projet à John Carpenter. Mais n'ayant jamais travaillé pour de grands studios cela ne se fera pas sans mal. Refusant d'écrire le scénario tout seul et surtout suite aux différents problèmes rencontrés pendant l'écriture, Carpenter devra faire appel à Bill Lancaster (le fils de l'acteur) pour l'aider dans cette tâche.
Lancaster réglera tous les problèmes au fur et à mesure, ce qui ne manquera pas d'étonner Carpenter, et après avoir rédigé un bon tiers du script en moins d'un mois le film peut commencer.
Doté d'un budget de 15 millions de dollars le premier souci de l'équipe sera la conception du monstre protéiforme. Très vite Carpenter s'occupera d'aménager des réunions de travail avec le responsable des effets spéciaux Rob Bottin qui, âgé de seulement 23 ans et ancien assistant du grand maquilleur Rick Baker, s'était fait remarquer pour son travail sur Hurlements de Joe Dante en créant de formidables transformations de loup-garou.
Le travail de Bottin devient ainsi un des plus grand défi du genre car le but du film est de se démarquer des autres en montrant la Chose.
Etant indescriptible de par son nom et se rapprochant de l'univers de Lovecraft, la chose sera bel et bien conçu de telle façon que jamais depuis personne n'a revu de telle transformation à l'écran et ce malgré l'évolution constante des trucages. Une chose est acquise quand l'on regarde The Thing : Jamais effets spéciaux ne se fondirent si bien dans un film à caractère fantastique. Ils ne prennent l'avantage ni sur l'histoire, ni sur les acteurs, ce qui fait de cette œuvre un film culte.
Mais en 1982, personne n'était préparé à voir ce film précurseur et pour la première participation de Carpenter avec un grand Studio, le résultat au box office fut loin d'atteindre les sommets espérés et ce malgré la présence de Dean Cundey comme chef opérateur, d'Ennio Morricone pour la musique et surtout de ce fabuleux casting, Kurt Russell en tête.
Comme le dit lui-même Carpenter ce semi-échec fut le début de sa crise d'identité et cela fut loin de s'arrêter avec ses prochains longs métrages !
Film noir et malsain servi par des acteurs au travail exemplaire, The Thing commença à intéresser les gens après quelques années une fois le choc de la première vision passé. On le classe même au premier rang des films réalisé par Carpenter en le considérant comme son œuvre la plus aboutie.
Il est vrai que ce film fera date tant les images qu'il génère reste dans nos mémoires bien après la première vision. Que ce soit le chien dans la neige ou les nombreuses transformations de l'extra terrestre, on ne peut y rester indifférent surtout quand c'est notre mémoire qui décide pour nous. Les images restent certes mais l'esprit du film aussi. En effet comment ne pas penser au problème du SIDA avec le test sanguin et la façon qu'a La Chose de passer d'un corps à l'autre. Le sang, la maladie, la claustrophobie, la paranoïa, la solitude, autant de thèmes cher à Carpenter et qui deviendront bien plus tard matière à scénarios pour d'autres réalisateurs.
La parabole sur le SIDA est ce qui intéresse le plus le spectateur des années 90 mais l'on peut penser que ce film est surtout le reflet des peurs de John Carpenter sur cette paranoïa que chaque américain doit continuellement vivre. C'est la peur du tremblement de terre, la peur de ce faire tirer dessus sans raison, les émeutes de Los Angeles qui ne font qu'entretenir cette profonde paranoïa et qui a poussé Carpenter à accepter de mettre en scène cette histoire, reflet incertain de ses peurs.
On peut aussi se poser la question de savoir comment Carpenter a pu imposer cette fin, certes ouverte, mais si pessimiste et sombre sans que le Studio Universal oppose son veto pour cause de choix trop peu conventionnel.
The Thing va sortir sur les écrans américains en même temps que le E.T de Steven Spielberg qui est l'antithèse du film de Carpenter. Il était presque évident que le succès de l'un allait ralentir voir bloquer l'autre. D'un coté nous avions un film gentil très proche des films de Walt Disney et de l'autre un aspect du cinéma à la fois impitoyable, dur et déprimant par sa fin complètement éloignée du Happy end traditionnel. De plus certaines personnes, presque toutes des femmes, couraient vomir aux toilettes pendant la projection ce qui n'a fait que nuire à la réputation du film. Les gens étaient tellement choqués à l'époque que Carpenter fut à nouveau traité de "pornographe de la violence " pensant qu'il avait été trop loin, et surtout considéré comme sexiste car il n'y avait pas de femmes dans le film.
Ce qui fait la force du huit clos de l'horreur qu'est The Thing c'est que Carpenter à d'abord choisi de rendre hommage au cinéma et à son art de rendre des émotions. Tout ce film n'est fait que pour faire ressentir, palper des sensations d'angoisses et de terreur pure en rapport avec cette paranoïa. Car les moments du film les plus impressionants ne sont pas les apparitions de La Chose mais bel et bien ces 12 hommes qui s'entre-déchirent jusqu'à la mort. Autrefois camarades, ils deviennent en quelques heures les pires ennemis et ne font qu'ajouter à nos frayeurs la solitude de l'être face à la mort.
Tels de terrifiant tableaux surréalistes les effets spéciaux de Rob Bottin vont prendre place pour servir le film. Filmés intégralement en direct sur les plateaux de tournages les trucages vont amener un sentiment de réalité trop dérangeant, ce qui ne manque pas de les rendre étonnants. Il est intéressant de noter que Carpenter, s'il devait refaire ce film maintenant, n'utiliserait très peu les trucages numériques afin de garder cette touche de réalité.
L'équipe a commencé le tournage le 24 août 1981 dans les studios Universal de Los Angeles. 12 plateaux seront occupés pendant 3 mois et pour que l'on ait cette impression de froid polaire certains lieus furent réfrigérés en dessous de zéro. On tourna des scènes complémentaires et les effets spéciaux dans le studio de l'Universal Hartland jusqu'au printemps 1982. Bottin fut tellement impliqué dans son travail qu'il du être hospitalisé pour dépression nerveuse et surmenage alors que les prises de vues des effets n'étaient pas terminées.
La scène d'introduction du chien et de l'hélicoptère fut filmé par une seconde équipe qui parti en juin 1981 pour sur le glacier de Taku, dans la calotte glacière de Juneau en Alaska.

 

John Carpenter essaya d'utiliser le décor polaire du premier Thing mais il n'avait pas neigé depuis 2 ans. Il du se rabattre sur Stewart en Colombie Britannique et toute l'équipe s'installa le 2 décembre 1981, soit une centaine de personnes, sur la seule banquise qui permettait l'accès aux véhicules motorisés. Tous les membres de l'équipe logeaient à Stewart, une petite ville de 1500 habitants et tous les hôtels et motels des entourages furent envahis par eux.
Tous les acteurs et techniciens étaient prévenus des conditions liées au temps mais aussi des problèmes que pouvait amener de tourner avec des trucages en direct, mais ils ont étés formidables et tout c'est très bien passé.
Le film fut tourné pour un budget de 15 millions de dollars dont plus d'1 million et demi pour les effets spéciaux.
Wilford Brimley a joué dans The Firm (la Firme) de Sydney Pollack, Hard Target (Chasse à l'Homme) de John Woo ou encore Country de Richard Pearce.
Richard Dysart joue notamment dans Pale Rider de Clint Eastwood.
Charles Hallahan joue aussi dans Pale Rider, Le Pic de Dante (Dante's Peak) de Roger Donaldson et il est le chef de Rick Hunter dans la série du même nom.
Donald Moffat est l'androïde Rem dans la série Logan's Run et le president des Etats Unis dans Clear & Present Danger (Danger Immédiat) de Philip Noyce.

Le film est disponible en laserdisc Ntsc et en laserdisc Pal, les deux font l'objet d'un très grand pressage surtout pour le français où Pioneer à fait un travail d'excellente qualité, se rapprochant de l'américain. La cassette vidéo est en format Pan & Scan chez CIC vidéo.
Les DVDs Zone 1 & 2 reprennent les supplement du laserdisc Américain. Un nouveau zone 1 vient de sortir en 16/9è !!

La musique est toujours éditée chez Varèse sarabande avec une très belle pochette. Il faut savoir que de la musique de Morricone, il ne reste plus grand chose, Carpenter ayant apparemment préféré garder le thème qui se rapproche plus de ses propres compositions que de celle de l'auteur des films de Leone. Les morceaux inclus dans le film sont parsemés ici et là dans l'album mais pour les fans voici leurs places dans le CD :
8 "Humanity part 2 " qui contient le thème principal.
1 "Humanity part 1 " qui représente surtout la solitude et la tristesse du film.
5 "Solitude " pour le passage chez les norvégiens.
10 "Despair " pour la scène du vaisseau extraterrestre.
7 "Wait " pour l'autopsie.
3 "Contamination " mixé avec le thème principal pour la dernière apparition du monstre.
Pour ce qui est du reste de cette musique, elle est l'image même du film pleine de tristesse, de noirceur et de folie.

Carpenter à propos de The Thing :
" Je trouvais cette histoire comme une des meilleures jamais écrite dans ce domaine. Ma première lecture s'est faite quand j'étais très jeune. "
" J'ai vu le film de Hawks pour la première fois en 1952 mais c'est à l'université que le nombre de vision à été important. J'étais très impressionné et je continue à l'être à chaque fois. "
" Nous avons du éliminer le fait que le monstre soit télépathe. Cela n'aurait pas marché et il ne lui aurait fallu moins d'une heure pour tuer tout le monde. Nous avons du aussi réduire le nombre de personnages de 37 à 12 pour des raisons évidentes ; nous ne pouvions dominer la situation. "
" Bill Lancaster est formidable, il a écrit les 40 premières pages du scénario en 4 ou 5 semaines et a presque résolu tous les problèmes d'adaptation pendant cette période. Après il lui a fallu 1 an pour finir l'histoire. "
" Le scénario était si complexe qu'il ressemblait à une carte avec tout plein d'épingles dessus, on n'en voyait jamais la fin. "
" Il fallait croire à cette créature sinon le film ne marchait pas. "
" Je ne voulais pas que la conclusion soit trop prévisible. La première fin était plus ambiguë puisque l'on voyait arriver l'équipe de sauvetage en se demandant qui avait gagné de La Chose ou des hommes. "
" Une des grandes questions du film est de savoir si dans le dernier plan du film, MacReady est la chose car son souffle n'est pas de la même couleur que celui de Childs. En fait, ils étaient éclairés différemment mais il reste évident que pour moi, maintenant, MacReady est La Chose. "
" La Chose ne pense qu'à survivre, je n'arrive pas à imaginer sa forme d'origine. Il faut laisser l'imagination travailler, c'est la seule limite de la vision que l'on peut en avoir. "
" Ce qu'arrive à faire Rob est vraiment formidable. Je ne croyais vraiment pas ce que je voyais.
" Nous avions penser à Clint Eastwood pour le rôle de MacReady mais cela n'a pas marché. Vu le cynisme du personnage je me suis dit que Kurt pouvais très bien jouer ce rôle. "
" Grâce à The Thing j'ai eu le goût des hélicoptères. Depuis je pilote et me filme régulièrement au commandes d'un appareil. J'adore vraiment ça. "
" Les conditions climatiques du tournage en extérieur furent éprouvantes. Une fois en hélicoptère on ne pouvait même plus distinguer le sol du ciel. "
" Il est bien plus difficile de faire peur aux gens en ne montrant rien. "
" Le fait que ce film n'aie pas marché m'a laissé perplexe à l'époque car The Thing était le meilleur film que j'avais fait. Comment peut-on être plus efficace et aller plus loin que ce film même au niveau des effets spéciaux ! "
Le film n'engrangea pour 3 semaines d'exploitation que 13,8 millions de dollars pour un coût de 15. Le combat E.T/The Thing fut écrasant pour Carpenter. Personne n'était prêt à voir un tel choc et les spectateurs préférèrent se ruer en masse pour aller voir l'anti thèse de The Thing, le célèbre E.T de Spielberg.

Les Effets Spéciaux de The Thing.

" I don't know what it is, but it's weird and pissed off ! "(Clark à MacReady pour la scène du chenil)
(" Je ne sais pas ce qu'il y a là dedans, mais c'est monstrueux, pire que tout, et c'est fou de rage ! ") .

Quand Rob Bottin obtint de travailler sur The Thing, ce fut pour lui le projet le plus ambitieux de sa carrière et il fut soumit à d'énormes pressions qui l'empêchèrent de dormir. En effet suite au budget de 15 millions alloué par Universal, Carpenter demanda à Rob d'aller à la limite des concepts de maquillage imaginables pour faire s'effondrer les spectateurs au fond de leurs sièges. Mais ce fut sa bataille avec le temps qui affecta le plus Bottin, il n'y avait jamais assez de temps pour que les choses soient faites.
Bottin, alors âgé de 24 ans, dirigea une équipe de talentueux techniciens pendant un an pour la conception des différents concepts de La Chose et le moins que l'on puisse dire c'est que le résultat en est éblouissant.
La légende veut que Bottin fut aidé dans son travail par un petit Gremlins qui lui donnait son inspiration. Cela expliquerait en effet beaucoup de chose sur ses créations mais ce serait passer sur le formidable travail de l'illustrateur Mike Ploog, des 40 techniciens et des 1,5 millions de dollars alloués aux effets du film.
De toute les façons, personne ne peut nier que ces trucages font date dans l'histoire du film de genre et qu'ils auront apporté un plus pour l'excellence de la réalisation qu'est The Thing.
Avant que Bottin ne soit engagé les producteurs demandèrent au talentueux Dave Kuipers de créer le concept du monstre.
La créature ressemblait à une énorme araignée aux mandibules proéminentes qui s'accrochait au visage de ses victimes pour y pondre un œuf. Intéressant mais déjà fait sur Alien, le chef d'œuvre de Ridley Scott avec le fameux " Face Hugger ". De plus ce monstre n'avait qu'une forme d'origine mais ce servait d'illusions pour effrayer les personnages, le monstre ne finissait en tout et pour tout que ressembler à un gros cafard. C'est à la suite d'un accident que Carpenter se tourna vers Rob et son équipe.
Pour Rob Bottin l'idée qu'il a du monstre est tout autre à cause du titre il faut penser le monstre comme étant une chose, indescriptible par son nom, il se doit de l'être par sa forme.
Le long processus de conceptualisation de La Chose commença par le Storyboard avec Mike Ploog.
Ploog est un illustrateur qui travailla chez Marvel et aida Ralph Bakshi (le réalisateur du Seigneur des Anneaux) sur Wizard (les Sorciers de la Guerre). C'est lui qui s'occupa du design sur le segment du film Heavy Metal (Metal Hurlant) qui raconte l'histoire du B 17.
Il fut engagé un mois avant Bottin sur The Thing et s'occupa non seulement des dessins pour les effets spéciaux mais aussi de ceux des scènes plus classiques.
Pour Rob Bottin, Ploog est le genre de cinglé qui en vous racontant une histoire va vous étrangler pour mieux vous faire comprendre ce qu'il raconte.
Travaillant sans trop savoir si les effets étaient possibles à créer ou pas, Bottin et Ploog se replongèrent dans les vieux comics et magazines de science fiction des années 50 pour stimuler leur imagination. Une des premières images qui leur vint à l'esprit était celle d'une tête qui se détachait de son corps avec ces tentacules qui en sortait.

 

Ce que les spectateurs voient dans le film n'est que le plus simple de ce qu'ils avaient imaginé.
Mike Ploog parti quelques temps après en Angleterre sur le tournage de Superman 3 et c'est Mentor Huebner qui le remplaça.
Bottin et son équipe furent obliger de tourner dans le studio d'Universal Hartland tant leur matériel était complexe. On faisait venir les acteurs pour certains passages importants mais il y eut énormément de plans fait avec des doublures sans que cela se remarque.
Quelques problèmes apparurent quand Rob Bottin et Roy Arbogast durent travailler ensemble, eux deux voulant s'assurer la paternité de certains effets mécaniques.
La tâche incomba à Rob Bottin qui les réalisa non sans difficulté. Le plus simple fut en fait de créer ce qui était à l'intérieur du monstre. Pour cela ils utilisèrent plusieurs ingrédients tels que de la mayonnaise, de la confiture de fraise, du chewing gum, etc…
Les couleurs externes et internes de La Chose furent crées par Bottin et Margaret Beserra, une collaboratrice qui avait un passé dans les cosmétiques. Voulant à tout prix éviter les effets trop gores, ils travaillèrent à des couleurs plus vives afin de donner ce ton bizarre et différent.
Bottin et son équipe passaient 18 heures par jour au travail quand ils ne dormaient pas dans les studios. Quelques temps plus tard, Bottin dut être hospitalisé pour cause de fatigue. Il s'expliquera en disant que la raison pour laquelle il s'était rendu malade est que ce travail était trop important pour lui. L'équipe était tellement affectée par la fatigue que 25% des techniciens étaient absents chaque jour. De plus les tensions entre les différentes équipes ne faisaient qu'ajouter au problème.
Pendant les 2 semaines d'absence de Rob, c'est Erik Jensen, le producteur des effets qui prit tout en charge. Cela faisait tellement longtemps que tout le monde travaillait sur ce film que tout était prêt pour continuer. Si quelque chose ne marchait pas Jensen passait un coup de fil à Rob afin de ne pas dénaturer son travail.
Pour la scène du chenil il ne fallut pas moins de 5 jours et 17 techniciens pour filmer le chien sans tête avec ses pattes d'araignées et ses tentacules qui lui sortent du corps. Le chien fut crée par Roy Arbogast et l'effet par Rob et son équipe. Pendant ce temps ils pouvaient avec John Carpenter voir le résultat sur les moniteurs vidéos. Quant à la partie du chien sans poil et gluant qui tourne la tête tel un serpent, Bottin fit appel à Stan Winston le célèbre maquilleur de films tels que Aliens, Terminator 1 & 2 et plus récemment Jurassic Park ainsi que sa suite.
Rob Bottin ne voulait plus entendre parler de chiens après son travail sur Hurlements "même si celui ci mute sans arrêt ou roule sur un skate board " et confie donc cette tâche à Winston qui refuse d'en être crédité au générique pour ne pas s'approprier une gloire qui selon lui n'appartient qu'à son collègue.
Il fut quand même remercié sur le générique final. Des bruits de couloir laisseraient entendre que c'est de cette scène d'où viendrait l'inspiration pour le titre de son premier film Reservoir Dogs.
De toutes les scènes présentent dans le film, celle de "Norris et de sa tête " est sans nul doute la plus impressionnante.
Norris, joué par Charles Hallahan, ressent une forte douleur au cœur. Le Dr Cooper (Richard Dysart) voyant tous les symptômes d'une crise cardiaque lui fait un électrochoc. Au deuxième rappel le ventre de Norris s'ouvre soudain, laissant apparaître une mâchoire gigantesque qui engloutira les deux bras du pauvre docteur. Après que MacReady est brûlé le corps ils remarquent tous que la tête de Norris après s'être détaché du corps est devenu une "Araignée-Tête " qui s'enfuie par le couloir.

 

Dans le script original Norris ne laissait échapper que quelques tentacules vite brûlés par Mac, mais c'est Rob Bottin qui eu l'idée de cette mâchoire spectaculaire.
Archie Gillett s'occupa de dupliquer le corps de Charles Hallahan en le façonnant en fibre de verre. La mâchoire était quant à elle actionné par un opérateur dissimulé sous la table. Pour la séquence des bras coupés du docteur, on demanda à une personne amputé des deux bras nommé Joe Carone de jouer le rôle avec un masque de Richard Dysart sur la tête. La scène passa très bien et personne ne remarqua le subterfuge tant la scène est forte en tension. La scène fut réussie en une seule fois mais Bottin voulu la retourner pour être sur de son coup. La deuxième fois marcha encore mieux que la première puisque l'on réussissait à y voir les os brisés des bras. Carpenter n'en croyait pas ses yeux et fut estomaqué par le travail fourni.
Pour "l'Araignée-Tête ", ils utilisèrent plusieurs répliques du moulage de l'acteur, chacune guidée par des servomoteurs.
La seule déception de Mike Ploog sera de ne pas avoir pu participer à la fin du film et à l'élaboration du "Monstre-Blair " pour cause de tournage en Angleterre. Même s'il avait pu dessiner les scènes réelles de tournages, en revanche très peu de choses avaient étés faites quant à l'élaboration de l'aspect final du monstre pour le dernier affrontement avec MacReady.
C'est donc à Mentor Huebner qu'incomba la tâche de trouver le look des effets. Huebner avait auparavant travaillé sur des films tels que North by Northwest (La Mort aux Trousses) d'Alfred Hitchcock, Forbidden Planet (Planète Interdite) de Fred McLeod Wilcox, King Kong de John Guillermin, Time Machine (la Machine à Remonter le Temps) de George Pal ou Blade Runner de Ridley Scott.
Le "monstre-Blair ", nommé ainsi d'après le personnage interprété par Wilford Brimley, devait ressembler à un vers garni de tentacules. Ce n'est que dans cette unique scène que l'on verra des plans tournés en Stop-motion, autrement dit avec des effets réalisés en animation et c'est Randy Cook qui sera chargé de les mettre en scène. Il disposa de 4 mois mais fut assez déçu quand Carpenter décida de couper certains passages qui ne passaient pas bien à l'écran.
La première des séquences était la mort de Nauls (T.K.Carter) au détour d'un corridor près d'une caisse en bois quand lui apparaît soudain un Blair dans un stade d'évolution assez grossier. Personne n'aimait trop cette scène qui faisait ressembler l'apparition du monstre à un diable sortant de sa boite. La deuxième séquence, que travailla Cook, ne durait pas plus de 20 secondes à l'écran et l'on devait voir le chien sortant du corps du "Monstre-Blair " pour attaquer Mac au sol. Cook n'a jamais su pourquoi ce plan avait été enlevé mais il fit confiance au jugement de Carpenter.
Une séquence fut aussi coupée pour la fameuse et grandiose scène du test sanguin. Après que le personnage de Palmer interprété par David Clennon se révèle comme étant un hôte de La Chose. Après être redescendu du plafond Palmer devait ouvrir sa tête en deux pour y laisser apparaître une deuxième tête. Il y avait 4 mouvements différents pour ce nouveau visage sculpté par Bottin et Willy Whitten.
La scène du vaisseau du prologue fut entièrement crée par Peter Kuran qui reprit même la version du titre du film de Hawks comme hommage.
Enfin c'est Albert Whitlock qui supervisa le passage où l'on découvre le vaisseau extraterrestre pris dans la glace grâce à de superbes Mattes Paintings (Peintures sur verre).