JOHN CARPENTER'S
CHRISTINE.

Columbia Pictures présente de chez Polar Film, une production Richard Kobritz, un film de John Carpenter avec Keith Gordon (Arnie Cunningham),
John Stockwell (Dennis), Alexandra Paul (Leigh), Harry Dean Stanton (Junkins), Robert Prosky (Darnell), Christine Belford (Regina Cunningham),
Robert Blossom (LeBay). Scénario de Bill Phillips d'après le roman de Stephen King, Directeur de la Photographie Donald M. Morgan A.S.C.,
Décors de Daniel Lomino, Montage de Marion Rothman, Effets Spéciaux Roy Arbogast, Musique John Carpenter & Alan Howarth,
Producteur Associé Barry Bernadi, Co-Produit par Larry Franco, Producteurs Exécutifs Kirby Mc Cauley & Mark Tarlov, Produit par Richard Kobritz,
Réalisé par John Carpenter. 1983. 110 minutes.
Disque édité chez Varèse Sarabande (référence vsd 5240) pour la musique. Les chansons sont sorties sur un 33 tours édité, à l'époque chez BMG.

L'histoire : Arnie, jeune adolescent timide et complexé, se prend d'un amour fou pour une voiture du nom de Christine, une Plymouth Fury rouge sortie des usines Chrysler en 1957. Cette voiture se révèle maléfique et peu à peu possède le jeune homme. Dennis, son meilleur ami, va tout faire pour tirer Arnie des griffes de Christine, mais les meurtres commencent…

 

" Stephen King. Rock n' Roll. Une voiture maléfique. J'étais sur le point d'envisager une carrière de marchand de voitures d'occasions. " Première 215.

Qu'est ce qui fait de Christine un film hybride dans la carrière du cinéaste de genre qu'est Carpenter ? Pourtant tous les ingrédients cher à ce réalisateur sont dans l'histoire, que ce soit le Mal, cette fois incarné par une voiture, le héros, adolescent et perturbé comme la jeune Laurie d'Halloween, la petite ville classique et sans histoire…
Et pourtant le film ne marche pas. On peut le visionner encore et encore il manque quelque chose. Oh, bien sur, il est toujours supérieur à certaines œuvres adaptées du célèbre Stephen King mais on a l'impression que ce film est l'un des moins personnel que Carpenter est tourné.
A cela il y a plusieurs raisons.
Tout d'abord le roman (éditions J'ai Lu ) qui comme d'habitude est un énorme pavé et que le scénariste Bill Phillips et Carpenter auront beaucoup de mal à réduire au plus simple. Car pour montrer qu'Arnie change, il faut passer par les étapes un peu ennuyeuses du jeune garçon et ses problèmes parentaux, à l'école, avec les filles…ce qui fait que le film ne démarre vraiment que très tard, Carpenter ne semblant pas très inspiré par la mise en place de l'histoire et de ces personnages. Il y a aussi un grand nombre de passages coupés du roman qui auraient pu se révéler intéressant pour le spectateur comme le personnage du fantôme de Roland LeBay.
Toute la force du roman venait de ce fantôme maléfique qui terrorisait les lecteurs en apparaissant dans la voiture. Arnie n'était pas uniquement possédé par la voiture, il l'était aussi par LeBay.

Stephen King aura beau avoir été adapté par certains des plus grands réalisateurs actuels, rarement ses œuvres seront visuellement traduites à l'écran d'une façon correcte. Il en résulte bien sûr de grands films comme Shinning de Stanley Kubrick, Carrie de Brian De Palma, Dead Zone de David Cronenberg ou même encore Simetierre de Mary Lambert qui reste la meilleure adaptation, mais l'écrivain retrouvera que trop rarement ses livres fidèlement repris.
Christine n'échappe donc pas à la règle bien qu'avec le temps l'auteur le place parmi ses préférences.
1983 est l'année Stephen King avec pas moins de 3 films adaptés de ses romans, Dead Zone, Cujo et Christine. C'est King lui même qui envoya le script à Richard Kobritz et tous deux avaient déjà leur réalisateur en tête : Carpenter.
Celui ci et son scénariste décidèrent donc d'abandonner l'idée qu'Arnie se transforme en LeBay petit à petit jusqu'à avoir l'air d'un cadavre putréfié. Ils préférèrent donner à ce personnage un changement plus psychologique, choix intéressant mais que Carpenter regrette aujourd'hui.
" Christine n'effraie pas et la raison en est simple. J'ai fait une erreur en virant le cadavre de Roland LeBay du siège arrière de Christine. Il est vrai qu'à l'époque, j'étais fatigué du gore, des squelettes et tout ça. Du coup j'ai tout misé sur la voiture. " Propos recueilli dans Mad Movies 80.
Carpenter va donc s'atteler à une histoire d'amour forte, réelle et dévorante entre un homme et sa voiture. Ce qui ne manquerait pas de rebuter plus d'un cinéaste, intéresse Carpenter au plus au point car la voiture et surtout la vitesse apporte pour certains une ivresse toute sexuelle et Arnie en sera le parfait exemple quand il dit :
" Y'a rien de plus bandant au monde que d'être au volant d'une voiture. A part une chatte peut être. "

C'est donc la passion entre Christine et ses propriétaires qui anime la voiture. De plus en plus invincibles, les créatures que met en scène Carpenter se rapprochent du Mal absolu et l'on est en droit de se demander si, au fil du temps, il existera un moyen de le repousser quel qu'il soit.
L'indestructibilité de Christine tient dans le fait de se reconstruire toute seule. C'est ce qui rend d'ailleurs le film jouissif à regarder tant on est fasciné par ses pouvoirs.
Mais à force d'être fasciné par la voiture, il ne reste au spectateur que l'attente des prochaines tueries et c'est une des faiblesses majeures du film de Carpenter comme ci celui ci, après l'échec de The Thing, avait réalisé un dernier opus sur le Mal qui, après Halloween et Fog, non seulement n'apportait rien au genre mais était sur de rentabiliser le film. De ce fait Christine devient un des films les moins personnels de Carpenter puisque il ne fait qu'y reprendre les thèmes déjà éculés de ses précédentes réalisations.
Heureusement il reste derrière la caméra un grand cinéaste qui malgré le fait qu'il réalise ici un film pour un public bien défini du film de genre, arrive quand même à rendre crédible cette histoire.
Pour la première fois de sa carrière Carpenter va réaliser un film sans son équipe habituelle et malgré cela, rien ne laisse à penser que son film n'est qu'un produit, car du point de vue technique, le génie de la mise en scène y est encore une fois plus que présent.
De la musique à la photographie, tout est parfait et le film le serait donc en tout point s'il ne pêchait pas par son traitement. Plus froid mais moins dur que son The Thing, Christine n'en reste pas moins un excellent divertissement du genre.
Le casting y est aussi pour beaucoup pour rendre l'histoire crédible comme dans toutes les réalisations de Carpenter.
Keith Gordon qui tient le rôle d'Arnie à fait 2 apparitions assez remarquées dans les 2 films de De Palma que sont Pulsions (Dressed To Kill) et Home Movies puis dans les Dents de la Mer 2. Il sera aussi Roy Scheider jeune dans All That Jazz (Que le Spectacle commence) de Bob Fosse. Christine est son premier grand rôle au cinéma.
John Stockwell a joué dans des films comme Top Gun de Tony Scott ou Les Aventuriers de la 4è dimension (My Science Project) de Jonathan Beteul.
On a pu remarquer Alexandra Paul dans 8 millions de façon de mourir (8 millions ways to die) de Hal Hashby au coté de Jeff Bridges ou dans le Prix de l'exploit (American Flyers) de John Badham avec Kevin Costner, mais c'est dans la série Alerte à Malibu qu'elle rencontrera le succès.
Robert Prosky qui joue le garagiste Darnell a joué dans de nombreux films dont Le Solitaire (The Thief) et La Forteresse Noire (The Keep) tous les deux réalisé par Michael Mann.
On ne présente plus Harry Dean Stanton
La production de Christine débute en avril 1983 après que Stephen King est envoyé son manuscrit à Richard Kobritz avec qui il avait travaillé sur la mini série Salem's Lot.

La production réussit à acquérir 23 Plymouth Fury pour la somme de 500.000$ et ils commencèrent à tourner en Californie du Nord.
Le film est sorti en décembre 1983, il est disponible en cassette secam en version cinémascope chez GCR ainsi qu'en Laserdisc Pal. Le disque Ntsc est aussi en format respecté.

La musique du film n'est sortie à l'époque que sous la forme d'un 33 tours regroupant les principales chansons du film dont le très fameux Bad to the Bone par George Thorogood & the Destroyers (que l'on a pu entendre assez souvent au cinéma notamment dans Terminator 2 de James Cameron quand Arnold sort du bar habillé en motard).
La musique originale de Carpenter n'est sortie qu'en 1989 chez Varèse Sarabande. Elle est d'un pressage remarquable et est, contrairement au film, d'une tristesse et d'une violence assez forte.

Le premier DVd sorti en france, est celui de chez Gaumont en Zone 2, format respecté mais dolby surround uniquement et aucun bonus digne de ce nom. Un Nouveau DVD vient de sortir, même image et toujours dolby surround mais .... mais attention, Commentaire audio de Carpenter, 23 Scènes coupées !!!!!! et nouveau making of (réalisés par Laurent Bouzereau!

Je ne saurais trop vous conseiller de lire quelques livres de King comme The Stand (le Fléau), It (ça), Shinning ou Pet Sematary (Simetierre).