JOHN CARPENTER 'S
STARMAN.


Columbia Pictures présente une production Michael Douglas & Larry J. Franco, un film de John Carpenter avec Jeff Bridges (Starman), Karen Allen (Jenny Hayden), Charles Martin Smith (Mark Shermin), Richard Jaeckel (George Fox), Robert Phalen (Major Bell), Tony Edwards (Sergent Lemon). Directeur de la Photographie Donald M. Morgan, Décors Daniel Lomino, Effets Spéciaux de maquillage de Dick Smith, Stan Winston & Rick Baker. Musique de Jack Nitzsche, Producteur Exécutif Michael Douglas, Scénario de Bruce A. Evans & Raynold Gidéon, Co-Produit par Barry Bernadi, Produit par Larry J. Franco, Réalisé par John Carpenter. 1984. Panavision. 115 minutes. Disque édité chez Varèse Sarabande (ref :vcd 47220).

L'histoire : 1977, les Américains lancent la sonde Voyager à travers l'espace en quête de nouvelles formes de vies. A son bord un disque vidéo avec toutes les langues terrestre retranscrites ainsi que des images de notre planète. 7 ans plus tard, un vaisseau spatial est abattu et s'écrase dans le Wisconsin. Le pilote extra terrestre se réfugie chez une jeune veuve et prend l'apparence du défunt mari. Kidnappant celle ci, ils devront traverser tout le continent en 3 jours pour y rejoindre un autre vaisseau, passé ce délai, il meurt.

 

" On m'a donné la possibilité de réaliser un film romantique. Jeff Bridges et Karen Allen. Une histoire d'amour avec seulement une scène sentimentale tout à la fin. Un E.T adulte. Mon film le plus hollywoodien. " Première 215.

Certains se demandent encore comment John Carpenter a pu s'intéresser au mélodrame, lui qui s'est tant attaché à nous démontrer que le Mal existe. Et pourtant cela fonctionne tellement bien à l'écran que l'on peut se poser la question de savoir pourquoi ce conteur d'histoire ne s'y est pas intéressé auparavant.
Le projet Starman devint réel quand la Columbia s'aperçut que refuser la production d'E.T. de Steven Spielberg fut une énorme erreur, vu le succès de ce dernier.
Quatre grands réalisateurs s'y essayèrent mais sans succès et ce malgré leur popularité dans le genre puisqu'il ne s'agissait pas moins de John Badham réalisateur de Wargames & Blue Thunder (Tonnerre de Feu), Adrian Lyne réalisateur de Flashdance puis de films provocateurs comme 9 ½ Weeks(9 semaines et demi), Fatal Attraction (Liaison Fatale) ou Indecent Proposal (Proposition Indécente), Mark Rydell réalisateur de The River ( la Rivière) ou The Rose, et finalement Tony Scott qui de Top Gun à True Romance et devenu après The Hunger (les Prédateurs) le réalisateur à succès que l'on sait.
Agé à l'époque de 37 ans, Carpenter se rend compte qu'il est un réalisateur de films cultes bien payé pour faire ce qu'il aime, mais uniquement associé a l'horreur et au fantastique.
Raconter l'histoire de Starman est pour lui l'occasion de se renouveler et de s'impliquer (enfin) dans une histoire intime et profondément humaniste.
Pour Carpenter le scénario de Starman lui rappelle le film It Happened One Night (New York-Miami) de Frank Capra dans lequel une femme tombe amoureuse pendant un long voyage en bus. Mais elle rappelle aussi celle du E.T de Spielberg, film maudit pour Carpenter car il fut une des raisons de l'échec de son The Thing.
C'est Dean Reisner, connu pour des scénarios tels que Dirty Harry (L'inspecteur Harry), Play Misty for Me (Un frisson dans la nuit),qui rédigea la dernière version du script, celle qui emballa Carpenter, mais malheureusement pour lui, il ne fut pas crédité au générique car la guilde des écrivains préféra Evans et Gideon les auteurs du script original, Carpenter étant lui bien certain de ne pas mettre en scène une histoire crée par ces 2 scénaristes qu'il n'a d'ailleurs jamais rencontré.
Le réalisateur remerciera Reisner dans le générique de fin en guise d'hommage pour son travail.
Le reste de l'équipe sera à peu près la même que sur Christine puisque le réalisateur d'Halloween préfère travailler en famille. Seul Dean Cundey son directeur de la photographie, déjà absent sur Christine, n'apparaît pas au générique les 2 hommes ayant décidé de se séparer pour divergences humaines et personnelles.
Avec un budget de 20 millions de $ Carpenter va faire appel à la plus grande boite d'effets spéciaux, celle de George Lucas, ILM, et à 3 des plus grands maquilleurs de l'industrie cinématographique, Stan Winston (Jurassic Park, Terminator 1&2), Rick Baker (Gremlins, Loup-garou de Londres) et le grand Dick Smith (L'Exorciste, Au Dela Du Réel, Little Big Man).

" Vous les humains, vous donnez le meilleur de vous lorsque vous êtes au plus mal. "

Le tournage eu lieu au Nevada, en Arizona, à Washington D.C, et dans le Tennessee.

 

Les acteurs furent choisis par Carpenter lui-même.
Jeff Bridges, qui était à l'époque la star de Tron des Studios Disney, fut engagé pour son apparence d'homme-enfant. Le moins que l'on puisse dire c'est que l'acteur a parfaitement su se fondre dans ce rôle et c'est bien grâce à lui que cette histoire fonctionne. Bridges fut par la suite le personnage principal de plusieurs films comme Tucker de Francis Ford Coppolla, Fisher King de Terry Gilliam au coté de Robin Williams, 8 Millions Ways to Die (Huit Millions de Façons de Mourir) de Hal Hashby et de bien d'autres grands films. Il fut nominé aux Oscars pour son interprétation du Starman.

 

Karen Allen fut surtout remarqué pour son rôle de Marion dans Raiders of the Lost Ark (Les Aventuriers de l'Arche Perdue) de Steven Spielberg.

Charles Martin Smith fut remarqué dans Never Cry Wolf (Un Homme parmi les Loups) de Caroll Ballard et The Untouchables (Les Incorruptibles) de Brian DePalma. Il jouera également dans un épisode d'X Files.

Richard Jaeckel fait partie de ces seconds couteaux du cinéma que l'ont rencontre souvent dans des roles d'affreux salauds. il a joué dans nombres de films pour la télévision mais avant Starman, une longue liste de westerns et de films de guerre completent sa filmographie dont le "3 : 10 to Yuma" de Delmer Daves et le "Dirty Dozen" de Robert Aldrich ou il tenait le rôle du Sergent Clyde Bowren.

 

La musique de Jack Nitzsche ressemble à s'y méprendre aux compositions de Carpenter puisque l'usage de synthétiseurs y est omniprésent et sert le film admirablement par son romantisme. Le pressage du disque est admirable bien que tous les morceaux soit présentés dans le désordre. Seul défaut, la chanson "All I Have To Do Is Dream " interprétée par les 2 acteurs principaux, qui frise le ridicule et sert apparemment à alimenter les radios.

Les DVDs sont assez différents avec un Zone 1 NUL !!! qui vient d'être magnifiquement remplacé par un Zone 2 de chez Gaumont en dolby digital, avec commentaire audio de John Carpenter & Jeff Bridges (qui n'avait pas revu le film depuis 10 ans), petite featurette d'époque et surtout le clip "kitsch" de la chanson de nos 2 tourtereaux.

Quelques années plus tard, les studios créèrent une série télévisée d'après le film. C'était une nouvelle version du Fugitif assez mal faite. Elle ne dura qu'une saison.
L'adaptation du film en livre fut écrite par Alan Dean Foster et elle est sortie à l'époque chez J'ai Lu.

Les effets spéciaux :

Le but principal de Carpenter était de rendre Starman et ses pouvoirs crédibles. Il décida donc de concevoir lui-même la technique extra terrestre au grand dam d'ILM qui avait pour habitude de concevoir elle-même ses propres trucages. Carpenter tint bon et la société de George Lucas du faire avec, ce qui créa quelques tensions au sein des équipes les deux parties aimant travailler en étant maître de tout à 100%.
Le premier grand défi fut de concevoir le vaisseau du Starman qui devait refléter les étoiles et tout ce qui se trouvait à proximité. Le grand vaisseau du final devait lui aussi refléter le décor du Meteor Crater. Pour le vaisseau du Starman une maquette noire supervisée par les maitres de l'animation suffit mais pour le grand vaisseau final ce fut un travail de longue haleine supervisé par Bruce Nicholson. Ils allèrent sur les lieux même du site et le filmèrent avec un objectif Fisheye pour déformer l'image. Ils projetèrent alors leur film sur un dôme qu'ils déplacèrent ce qui donne cet effet de reflet sur le vaisseau spatial.
Mais un des plans les plus impressionnant du film est un trucage qui ne concerne aucunement la science fiction puisqu'il s'agit du plan assez furtif d'un train à vive allure dans le désert de Las Vegas. Ce fut une maquette filmée avec un matte painting de la grande ville du jeu en arrière plan. Carpenter voulait absolument ce plan en matte afin de donner une certaine stylisation au film.
Le résultat est magique tant dans la vision sur écran que dans le réalisme du travail effectué. Graig Barron, le responsable de la photo sur matte, pense qu'il ne sert à rien d'essayer de faire mieux que la réalité mais il est très inquiet pour cette scène car tout le monde à l'habitude de voir passer des trains. Après avoir discuter pour choisir entre filmer un vrai train ou une maquette, l'équipe des effets spéciaux utilisa un petit train électrique qui était plus facile à éclairer et qui rendait cette partie du film complètement magique comme le souhaitait Carpenter. C'est avec le procédé dit d'image latente mise au point pour E.T qu'ILM réussi ce tour de force. La maquette miniature est d'abord filmé, puis le département qui s'occupe des mattes va récupérer le négatif original pour filmer le décor avec. Le risque dans cette opération est qu'à la moindre erreur le négatif est perdu et il ne reste plus qu'à tout retourner, mais l'image qui en découle est d'une qualité incomparable.
Le train fut filmé sur un fond de 7 mètres par 10 peint par Chris Evans. Les phares de la maquette éclairent un sol fait de sable et de microbulles. L'objectif utilisé pour le train était un 50 mm.

Un autre trucage effarant de ce film est sans nul doute l'extra terrestre qui rentre dans une boucle de cheveux jusqu'au stade de molécule. Mike McAllister à filmé les cinq stades en cinq maquettes avec des caméras télécommandées et le challenge fut de combiner ces différents niveaux en un seul plan pour que la fin d'un des stades corresponde parfaitement au début de l'autre. Pour deux des séquences McAllister utilisa des flashs tandis que les trois autres se raccordaient parfaitement.
Une fois encore, grâce à ILM, les effets spéciaux nous aurons fait passer de grands moments, spectaculaire et intimiste à la fois, et nous rappelle une des devises principales de John Carpenter qui est que les trucages ne font pas un film, mais qu'ils servent l'histoire.