JOHN CARPENTER'S
BIG TROUBLE IN LITTLE CHINA.

Titre français : " Les Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin ".
Twentieth Century Fox présente une production Taft/Barish/Monash, un film de John Carpenter avec Kurt Russell (Jack Burton), Kim Cattrall (Gracie Law),
Dennis Dun (Wang Chi), James Hong (Lo Pan), Victor Wong (Egg Shen), Kate Burton (Margo), Suzee Pai (Miao Yin), Donald Li (Eddie Lee),
Carter Wong (Thunder), Peter Kwong (Rain), James Pax (Lightning). Musique de John Carpenter & Alan Howarth. Directeur de la Photographie Dean Cundey.
Effets Spéciaux de Richard Edlund. Ecrit par Gary Goldman & David Z. Weinstein. Adaptation de W.D. Richter.
Montage Mark Warner & Steve Mirkovich & Edward A. Warschilka. Producteurs Exécutif Paul Monash & Keith Barish. Produit par Larry Franco.
Réalisé par John Carpenter. 1986. Panavision. 99 minutes. Disque édité chez Enigma Records (ref :CDE 73227) et Super Tracks (AHCD 01).

L'histoire : Jack Burton, conducteur de semi-remorque, se retrouve confronté aux démons de la vieille chine en plein Chinatown en essayant de sauver la fiancée de son ami Wang Chi.

 

" Un hommage au cinéma d'arts martiaux de Hong Kong. Kurt Russell fait John Wayne. Beaucoup d'action, on s'amuse bien. Un ratage critique et financier. C'est là que j'ai décidé de revenir à des films à petit budget. " Première 215.

Jack Burton est un hommage, à cela point de doute mais est il seulement cela ?
Construit comme un western avec des scènes d'action à faire pâlir d'envie certains réalisateurs orientaux, Jack Burton est un film hybride.
Produit pour 25 millions de $ le film donne la part belle aux effets spéciaux et au décors dont un fabuleux Chinatown reconstruit (tourner dans les rues mêmes de San Francisco aurait été impossible au dire de Carpenter).
Malgré son budget, casting & effets spéciaux, Jack Burton est un échec cuisant tant financier que critique. Carpenter aura beaucoup de mal à s'en remettre et mettra plus d'un an avant de reprendre une caméra. Le sujet référentiel et son anti-héros hollywoodien, le peu de connaissance du public des films de Hong Kong ont fait de ce film un ratage pur et simple. Et pourtant la marque Carpenter y était bien et les fans du réalisateur ne s'y sont pas trompés. En effet, encore une fois le Bien et le Mal s'affronte sous fond de western.

Décrit comme un film comique et mystique plein d'action, d'aventure, de Kung Fu, avec des monstres et des fantômes, Jack Burton vient de l'imagination de Gary Goldman et David Z. Weinstein. C'est l'histoire d'un cow-boy contre la vieille mythologie chinoise. C'est W.D. Richter qui transposa ce projet à notre époque.
90% du film fut tourné en décor dans les studios de la Fox dont la Grande Arcade et une section entière de Chinatown, le tout construit 8 à 10 semaines.
L'équipe débuta le tournage en octobre 1985 et finit en janvier 1986. Le film fut terminé en 3 mois et demi.
Sous Chinatown il existe donc des monstres de légendes et des sorciers vieux de 2000 ans. Pourquoi pas, d'autant que Carpenter nous a habitués à ce genre de concept. Encore une fois le Bien et le Mal vont s'affronter mais avec la différence que le héros ne sera absolument pas l'instigateur de la victoire. Tout au plus il n'est que spectateur comme nous. Il participe, certes, aux combats mais rate presque tout si ce n'est l'affrontement final qu'il gagnera grâce à son entraînement à attraper des bouteilles de bière au vol.
Une fois de plus l'Amérique est rongée de l'intérieur par le Mal ultime avec cette fois la vieille peur de l'invasion par le pays du soleil levant.
Cela faisait une vingtaine d'années que le cinéma avait laissé tomber les Fu Manchu et autres mandarins qui essayaient de conquérir le monde tant bien que mal (alors que l'on ne sait pas vraiment ce qui motive Lo Pan dans ce film si ce n'est de réintégrer son corps).
De ce maigre motif, ainsi que de la fin d'ailleurs, nous sommes en droit de croire que Carpenter voulait faire de son "héros " un personnage aux multiples aventures cinématographique, mais le destin en décidera autrement.

Jack Burton reste très caricatural dans la description des personnages surtout en ce qui concerne le super vilain Lo Pan puisqu'il y est montré de façon à ressembler le plus possible à cette mythologie, surtout visuellement, avec son sourire carnassier et ses ongles démesurés.

A l'origine, les 2 principaux scénaristes situaient l'histoire dans le vieil ouest un peu comme dans Circus of Dr Lao de George Pal (le Cirque du Dr Lao), mais les producteurs demandèrent à W.D. Richter de moderniser le script. Richter et Carpenter avaient déjà travaillé ensemble sur l'adaptation de The Ninja d'Eric Von Lubstader (une aventure épique sur fond de magie noire orientale). Richter a travaillé sur des films tels que Brubaker, L'invasion des Profanateurs mais surtout Buckaroo Banzaï (les Aventures de Buckaroo Banzaï à travers la 8è dimension) réalisé par ses soins avec Peter Weller, John Lithgow, Jeff Goldblum et Clancy Brown.
Le personnage de Jack Burton fait, sans nul doute, partie de ces héros façon Indiana Jones à la seule différence qu'au lieu de partir à l'aventure, c'est l'aventure qui vient à lui.
Complètement hors de l'action, il ne fait que subir les événements et les véritables héros du film sont bien ses compagnons de route de Wang Chi à Egg Shen. D'ailleurs l'on peut penser que le héros est en fait un groupe, une communauté qui se rassemble pour combattre le Mal de temps en temps. C'est Kurt Russell qui interprète le personnage aux milles gaffes en essayant de lui donner un air très John Wayne avec son coté bravache.
Ce Jack Burton est couard et empoté certes, mais tellement humain ; à des milles de Snake Plissken même, il ressemble de plus en plus aux personnages des films de Hawks. Rien que dans ses rapport avec les femmes par exemple, ne reconnaissons nous pas le John Wayne de Rio Bravo quand il joue au je t'aime, je t'aime plus ?
Même la maladresse de Burton pourrait être comparée à celle de James Caan dans El Dorado.
Encore une fois Carpenter rend hommage à son maître tout en apposant sa griffe, et il prouve avec ce film qu'il est un cinéphile et un cinéphage averti, préférant les films de sabre et ces guerriers mythologiques, aux films de Bruce Lee plus populaires à l'époque.
La grande influence filmique de Carpenter est le film de Tsui Hark : Zu, les Guerriers de la Montagne magique (Zu, Warrior from the Magic Mountain) édité en version originale sous titrée dans le label HK supervisé par Christophe Gans. Ce film est l'apologie même du délire visuel avec des batailles surréalistes où guerriers et sorciers s'affrontent dans les airs.
Des héros façon Hawks dans un univers de sorcellerie, il fallait pour Carpenter un casting de choix.
Tout d'abord Kurt Russell, acteur fétiche de Carpenter dont il n'est point besoin de justifier sa présence tellement il est Jack Burton. Ce ne fut pas le premier choix du réalisateur, mais l'idée de travailler ensemble sur un script aussi délirant les séduisit assez vite.

Le premier choix insolite est sans nul doute Kim Cattrall. canadienne d'origine, Kim a débutée en 1972 dans Rosebud d'Otto Preminger au coté de Peter O'Toole et Richard Attenborough, puis elle a eu une carrière assez remplie dans les second rôle pour des séries télévisées tel Incredible Hulk pour ne citer qu'une des pires. Elle joua ensuite dans des comédies assez lourdes comme Porky's, Turk 182 & Police Academy. Elle est sensationnelle dans Bonfires of the Vanities de Brian DePalma (le Bûcher des Vanités) au coté de Tom Hanks et Bruce Willis. Carpenter cherchait quelqu'un capable de dire un texte complètement ironique et stupide de la façon la plus sérieuse possible et Kim fut merveilleuse pour cela. C'est sûrement grâce à son travail dans les séries et autres comédies simplistes et lourdes que Kim aura si bien réussie à tenir son rôle.
Lo Pan est interprété par James Hong connu pour ses différentes prestations comme celle de Blade Runner de Ridley Scott où il y incarne un concepteur d'yeux pour les répliquants.
Dennis Dun et Victor Wong ont tous les 2 joués dans Year of the Dragon de Michael Cimino (L'Année du Dragon) et retrouveront John Carpenter dans Prince des Ténèbres.

Il existe 2 versions DVD du film. La première est l'édition Zone 1 de chez Fox, comportant piste DTS, commentaire, making of, clip ringard des "Coupes the Villes" et quelques scènes coupées (disons plutôt rallongées). La deuxième, est l'édition Zone 2 de chez FPE, réplique exacte du Zone 1 mais sans piste DTS.

La musique n'est plus distribuée à ce jour. Cet ancien disque avait un pressage presque parfait puisqu'en DDD (entièrement digital) mais avec un son un peu bas. Tous les morceaux étaient dans l'ordre à l'exception de la chanson titre interprétée par le groupe "the Coupe de Villes " composé de Carpenter, Tommy Wallace & Nick Castle. Cette chanson sert de générique de fin et, est disposée au début du CD.

Un nouveau cd de la musique est sorti en série très limité. Il se compose des mêmes morceaux mais avec certains passages un peu plus longs (Lo Pan's Domain & Escape from Wingkong). 3 morceaux de la musique du film, inédit en France, Backstabbed composé par Alan Howarth est incluse en bonus track ainsi que le morceau Atlanta Bank Robbery, inédit jusqu'alors et réedité depuis chez Silva.

Les effets spéciaux de Big Trouble in Little China :

Les effets spéciaux chez Carpenter ne sont uniquement présents qu'à la condition de servir l'histoire ; en aucun cas ils ne doivent faire vendre le film. Encore une fois le pari est tenu puisque dans Jack Burton les personnages priment sur les effets, et ils sont absolument parfaits.
C'est Richard Edlund qui s'est occupé des trucages visuels du film. Richard Edlund est, et restera, certainement inconnu du grand public, il a pourtant signé les trucages de Star Wars, Ghostbusters(SOS Fantômes), 2010, Poltergeist 2, Die Hard (Piège de Cristal), et Alien 3 pour ce qui est des principaux.
Edlund quittera la compagnie d'effets spéciaux ILM de George Lucas pour crée sa propre entreprise Boss Films Corporation.
Ayant passé 2 ans et demi au Japon pendant son service militaire dans la marine, Edlund mettra ce voyage à profit pour ingurgiter nombre de films du pays dont énormément d'œuvres remplies de scènes d'action. Ozu deviendra un de ces réalisateurs préférés. Les 3 guerriers de l'orage s'inspirent de la série de films Baby Cart venant du Manga : Kozure Okami (Lone Wolf & Cub aux Etats Unis).

 

Toutes les idées étaient traitées en groupe à partir de story-board élaborés par George Jensen.
Pour la scène où Lo Pan devient translucide, un buste en fibre de verre de l'acteur James Hong fut construit et éclairé de l'intérieur.
Les éclairs du guerrier Lightning furent travaillés avec un soin très particulier d'après la calligraphie chinoise.
Le "monstre aux yeux ", qui sert de caméra de sécurité pour Lo Pan en quelque sorte, était une machine d'un mètre de diamètre avec une importante machinerie à l'intérieur. Il ne fallait pas moins de 10 opérateurs pour manipuler le monstre dont tous les yeux pivotaient. Le corps était composé de latex. Le coût total de cette chose fut de 100.000$ et le comble c'est que quelqu'un de l'équipe la vola sur le plateau de tournage !
Pour ce qui est du monstre des égouts, qui n'apparaît à l'écran au tout et pour tout que 2 secondes, c'est Noble Graig, un ancien combattant du Viêt-nam ayant perdu un bras et ses 2 jambes, qui endossa la tenue. Il était déjà apparu dans Poltergeist 2 dans le rôle de la Grande Bête.
Pour le guerrier Thunder qui enfle jusqu'à explosion, l'équipe d'Edlund a utilisé des poches gonflables à air comprimé.
En collaboration avec Boss Films, John Lloyd s'est occupé de la conception d'un grand nombre d'effets. Parmi ces effets il y avait ceux considérés comme " invisibles ", puisque normaux, avec par exemple l'utilisation de perspectives forcées pour certains décors ce qui donnait une illusion de grandeur.
Pour la " salle des Pêcheurs sens dessus dessous ", il fallu 3 jours à Lloyd pour la concevoir. Les " Zombies " furent crées au dernier moment, ce qui obligea l'équipe à régler la séquence sous l'eau. L'impression de vie de ces morts fut donnée grâce à de petits tubes d'où pouvait s'échapper de l'air par la bouche.