JOHN CARPENTER'S
PRINCE OF DARKNESS

Titre français : Prince des Ténèbres.
Alive Films présente un film de John Carpenter avec Jameson Parker (Brian), Donald Pleasence (Le Prêtre), Victor Wong (Birack), Lisa Blount (Catherine), Dennis Dun (Walter), Susan Blanchard (Kelly), Ann Yenn (Lisa), Ken Wright (Lomax), Peter Jason (Dr Leahy), Dirk Blocker (Mullins), Alice Cooper. Scénario Martin Quatermass, Musique John Carpenter & Alan Howarth, Directeur de la Photographie Gary Kibbe, Direction Artistique Daniel Lomino, Montage Steve Mirkovich, Effets Spéciaux de Maquillage Frank Carrisosa, Effets Spéciaux Visuels Effects Associates, Jim Danforth, Producteur Larry Franco, Producteurs Exécutifs Shep Gordon & André Blay, Producteur Associé Kent H. Johnson. 1987. Panavision. 103 minutes. Disque édité chez Varèse Sarabande (ref VCD 47310).

L'histoire : Un prêtre vient demander à un groupe de scientifiques d'analyser un cylindre en verre, contenant un mystérieux liquide, enfermé dans une église. Leurs recherches poussées vont les conduire à l'inévitable, rien ne peut arrêter le processus qui va libérer le Mal.

 

" Un budget de 3 millions de dollars. L'horreur à base de physique quantique. L'anti-Dieu derrière le miroir. Le plus sous-estimé de mes films. Il était trop en avance. J'avais besoin de vacances. " Première 215.

Après le nouvel échec que subit John Carpenter avec Big Trouble in Little China, le cinéaste, dégoûté par tant d'incompréhension, va nous livrer une de ses œuvres les plus personnelle, mais aussi une des plus noires qu'il n'ai jamais écrite, en retravaillant sur une production indépendante.
Entre les Aventures de Jack Burton et Prince des ténèbres, Carpenter essaiera de tourner une suite à Fog et écriera une histoire sur fond de Viêt-nam avec en première ligne les pilotes d'hélicoptères de l'armée américaine. Intitulée Chicken Hawk, elle ne vit malheureusement jamais le jour.
3 millions de dollars de budget et tourné en 40 jours loin des grands studios d'Hollywood (dans une petite église des bas-quartiers de Los Angeles), Prince of Darkness sera entièrement supervisé par la main de Carpenter dont il aura tout pouvoir créatif.
Souvent considéré comme la dernière partie de sa trilogie sur le Mal et l'enfermement de l'homme face au Mal absolu (les deux premiers tomes étant Assaut & the Thing), ce Prince des Ténèbres dérange par son pessimisme.

Au contraire des deux premiers tomes cités plus haut, les protagonistes de ce film sont devenus un amalgame parfait entre les assaillants extérieurs d'Assaut et l'assaillant intérieur de The Thing. En effet, ils subissent non seulement le fait de ne pas pouvoir sortir de l'église à cause des clochards adorateurs du Malin, mais aussi celui d'être assailli par eux-mêmes c'est à dire leurs collaborateurs possédés. Une façon comme une autre de dire que l'humanité est condamnée car même l'église n'y croit plus (à l'instar d'ailleurs du prêtre de Fog restant sans pouvoir face à l'avancée du brouillard). Mais cette fois, c'est le combat ultime entre l'homme et le vrai Mal : le Diable, un Anti-Dieu.

Carpenter décide alors, en ne s'attardant pas sur les réflexions scientifiques de ses personnages, de faire monter la peur en un crescendo fantastique de l'homme (nous, pauvres spectateurs) contre ce Mal en nous manipulant avec des attentes et des tensions qui nous pousse à nous demander ce qui va nous faire sursauter et quand ;comme il l'avait si bien fait sur the THING.
Si Carpenter réussit à mettre en scène Prince of Darkness, c'est grâce à Shep Gordon, responsable de la carrière d'Alice Cooper (le chanteur de Hard Rock), et qui monta sa propre boite de production, Alive Films, avec laquelle il pourra mettre en chantier des films tels que Kiss of the Spider Woman (le baiser de la Femme araignée) d'Hector Babenco ou Choose Me d'Alan Rudolph.
Le scénario sera écrit par John Carpenter sous le pseudonyme de Martin Quatermass, héros d'une série télévisée anglaise qui donna 3 films sous la marque de la célèbre Hammer Film : Quatermass Xperiment (Le Monstre), Quatermass 2 (La Marque) réalisés par Val Guest et Quatermass & the Pit (Les Monstres de l'Espace) par Roy Ward Baker.

La musique toujours écrite par ses soins et son compère Alan Howarth est sans nul doute la meilleure composée par son auteur à ce jour. Elle contribue pour beaucoup au climat et à la tension du film grâce aux nombreux bruitages qui parsèment cette composition. Présente dans le film du début à la fin, cette omniprésence se fond parfaitement avec la rigueur de la mise en scène.

Elle est absolument indispensable pour tout fan de bandes originales de films. Elle atteint un tel niveau tant dans la narration musicale que dans le travail effectué au synthétiseur que l'on pourrait la comparer à une œuvre symphonique. Le pressage de chez Varèse est impressionnant, les morceaux sont dans l'ordre mais il est de moins en moins facile à trouver. Un tournant chez Carpenter !

DVD Zone 1 de bonne factures mais c 'est le Zone 2 (Studio Canal) qui sort du lot, supplements, intervention du maitre, a acquérir !!

Le film est de bout en bout réalisé avec un soin rare de nos jours tant le travail y est réfléchi avec le format cinémascope et chaque plan amené avec la même rigueur que les héros du film. La preuve en est d'ailleurs que l'histoire scientifique peut être une fumisterie pour certains ou incompréhensible pour d'autres, le fait est que pendant la projection tout le monde y croit. Une des plus grandes idées du film, d'ailleurs est celle que les tachions peuvent permettre le voyage dans le temps et que si vous envoyez un message en tachions à midi, il arrive à 11h 30. D'où le principe dans le film des messages du futur. Ces images tournées caméra à la main sont absolument stupéfiantes et apporte un plus à l'originalité du scénario.
Il est évident que Carpenter sait manier le spectateur depuis son premier film, et l'aboutissement de son œuvre est le fait de mêler une histoire d'épouvante classique aux lois de la physique quantique.
" Lorsque vous étudiez la physique, vous découvrez une nouvelle réalité, plus étrange et plus effrayante que celle que nous connaissons. "
Carpenter dira lors de ces différentes interviews qu'il n'est absolument pas religieux, préférant croire au Mal qui se cache en chacun de nous. Ce Mal d'ailleurs est assez souvent représenté par l'autorité pour ce cinéaste qui ne peut supporter l'idée que les gens s'entre-tuent sous prétexte que leur dit de le faire. S'étant replongé dans la physique, Lovecraft et Poe, Carpenter exécutera une œuvre qui fait date dans son travail à défaut de l'avoir fait au près du public bien que, faible budget oblige, il soit rentré dans ses frais.

La remise en cause de la religion n'aura jamais atteint ce summum dans un film fantastique, ce qui d'ailleurs apporte au spectateur matière à réflexion chose rare dans ce genre cinématographique.

Le casting de Prince des Ténèbres repose entièrement sur les épaules de Donald Pleasence qui par sa présence apporte à ce film un plus sur l'échelle de la grandeur. Séduit à l'idée de retravailler avec Carpenter, Pleasence accepta de suite la proposition, appréciant le fait que le cinéaste sache exactement comment l'acteur aborde ses rôles. Se considérant comme un acteur difficile et n'ayant eu que deux jours pour répéter, Pleasence garda un très bon souvenir du tournage grâce à l'amour et aux soins que le réalisateur a apporté à cette oeuvre.

Victor Wong que Carpenter avait engagé dans Big Trouble in Little China et qui avait joué dans L'Année du Dragon de Cimino a aussi joué dans Golden Child au coté d'Eddie Murphy et dans Last Emperor (le Dernier Empereur) de Bertolucci.

Lisa Blount fut remarquée dans Officier & Gentleman de Taylor Hackford.
Jameson Parker a surtout eu une carrière télévisuelle avec la série Simon & Simon, l'histoire de deux frères détectives privés.
N'ayant pu avoir Dean Cundey comme Directeur de la Photographie, son salaire étant trop important pour une production de ce genre, le cinéaste collaborera pour la première fois avec son directeur photo attitré depuis, Gary Kibbe.

Malgré son budget, Carpenter signe ici un pur chef d'œuvre qu'il faut découvrir ou redécouvrir absolument, non seulement pour ce qu'il représente, mais aussi pour entériner la descente aux enfers d'un cinéaste qui, à l'époque, revenait de loin.
Le film eut le prix de la critique à Avoriaz en 1988.