JOHN CARPENTER'S
THEY LIVE.

Titre français : Invasion Los Angeles.
Alive Films présente un film de John Carpenter avec Roddy Piper (John Nada), Keith David (Frank), Meg Foster (Holly), Peter Jason, George " Buck " Flowers,
Raymond St Jacques, Jason Robards III. Scénario de Frank Armitage d'après le roman Eight O' Clock in the Morning de Ray Faraday Nelson,
Directeur de la Photographie Gary K. Kibbe, Musique de John Carpenter & Alan Howarth, Effets Spéciaux Frank Carrisosa, Produit par Larry J. Franco.
1988. Panavision. 94 minutes. Disque édité chez Enigma (ref :773367-2).

L'histoire : John Nada arrive à Los Angeles, il est sans emploi et sans logement. Remarquant de mystérieux individus portant des lunettes noires, construites par leurs soins, Nada va rentrer dans un monde où des extra terrestres ont pris possession de la terre grâce aux images subliminales et où les fameuses lunettes sont le seul moyen de voir leurs vrais visages. Nada décide de ne pas se laisser faire.

 

" Encore un de mes films préférés. Les choses ne sont pas ce qu'elles semblent. Les classes laborieuses découvrent la vraie nature de la classe dirigeante. La scène de baston de dix minutes est une réaction contre l'influence de MTV sur les films d'action des années 80. Un relatif succès critique et financier. Je commençais à me sentir mieux. " Première 215.

1988, l'année du coup de gueule (enfin du premier en tout cas). Carpenter est fatigué de l'ère Reagan et décide de le montrer avec cette histoire de science fiction politique, basé sur une nouvelle de Ray Faraday Nelson (8 o'clock in the morning), narrant les aventures d'un homme se rendant compte que des extra terrestres ont mis en état de transe hypnotique la population, et qui décide de faire éclater la vérité. Une bande dessinée avait déjà adapté cette histoire chez Ellipse Comics, elle était intitulée Nada.
Plus que jamais Carpenter s'efforce là encore de mettre en scène un héros complètement paumé comme il les affectionne (Nada veut dire "rien " en espagnol) tout en appuyant sur le coté politique afin, en quelque sorte, de régler ses comptes. Carpenter vient de déclarer la guerre à la société de consommation dirigée par ses institutions.
Emprunt de série B (films réalisés pour de petits budgets) et d'humour, They Live nous livre une histoire d'envahisseurs qui nous plonge dans un univers paranoïaque comme l'avait fait en son temps des films tel que L'Invasion des Profanateurs de Sépultures (Invasion of the Body Snatchers) de Don Siegel et ses nombreuses suites. Bien sur à l'époque, le communisme était ouvertement visé, mais l'on a aussi attribué au film de Siegel une dénonciation du maccarthysme ; Le débat est d'ailleurs toujours ouvert. L'ennemi est toujours parmi nous, cette fois c'est un ancien acteur, il s'appelle Ronald Reagan.
Pour rendre encore plus efficace ce message, Carpenter trouvera encore une idée lumineuse, comme il l'avait fait avec Prince des Ténèbres et ses messages venus du futur. Pour symboliser ce monde subliminal envahi par une horde de zombies décharnés, il va utiliser la vision en noir et blanc renforcé par un cinémascope maîtrisé comme jamais. Quand John Nada met ses lunettes, les couleurs disparaissent pour laisser place à des messages subliminaux écrits sur fond blanc. " Obéissez, dormez, achetez, faites des enfants, consommez, ne contestez pas l'autorité etc. " Les ordres sont partout, sur les pancartes murales, les livres, les billets de banque, la télévision bien sur, de sorte que personne ne puisse y échapper. Nada n'en croit pas ses yeux et Carpenter le fait descendre dans la rue, armes à la main, afin de pouvoir abattre les aliens un à un comme si le réalisateur voulait à tout prix montrer que c'est la manière la plus efficace (et rapide) qui soit pour éliminer les "contrôleurs de vies ". Anticonformiste vous avez dit ?
C'est en regardant des sans domicile dans la rue, de simples clochards, que Carpenter se pose la question de savoir si ces hommes ne sont pas les derniers hommes libres dans un monde prisonnier de la politique-consommation. On ne colorie pas la vie comme on colorie un film, messieurs les politiques.
La diplomatie ne mène à rien quand l'avenir de l'humanité est en jeu ; il faut prendre les armes et défendre sa liberté. Discours nihiliste ou destruction gratuite de tout ce que le réalisateur hait ? La question reste posée bien que Carpenter se défende des deux points mais il est vrai que pour lui il n'existe pas de solutions faciles, c'est la loi du tout ou rien. L'important reste l'effet paranoïaque rendu.
Les médias sont bien sur eux aussi la cible du cinéaste et notamment la télévision qui est pour le réalisateur un outil de sommeil (comme les cocons du film de Siegel ?). Cet outil n'a qu'un seul but : nous permettre de nous éteindre nous-mêmes. Le fait de préférer regarder un film à la télévision plutôt que d'aller au cinéma semble être pour le cinéaste un pur sacrilège. Pour lui le simple fait de se lever, de prendre sa voiture pour aller dans une salle est un acte de volontariat qui nous fait exister. Ce qui est loin d'être le cas avec le tube cathodique.
Servi par une musique digne du rythme d'un métronome avec des accents de blues, la technique du cinéaste est infaillible dans le montage et le cadre de chacun de ses plans, du travail d'orfèvre pour un homme qui en a gros sur le cœur.
Encore une fois le scénario est écrit par ses soins mais sous le pseudonyme de Frank Armitage l'un des héros clé du romancier H. P. Lovecraft. Jouissif de bout en bout tel une bande dessinée destroy, Carpenter détruit tout sur son passage : les maisons (des bidons villes ) aux bulldozers, ses héros à coup de poings (un hommage à John Ford et L'Homme Tranquille), et ses méchants, façon Sam Peckimpah et sa Horde Sauvage.
L'ouverture du film est surprenante dès l'apparition de son titre taggué sur un mur, histoire de dire "Ils " sont parmi nous depuis déjà longtemps. Le tour est joué, nous sommes dans l'ambiance.
Comme d'habitude, le héros est fatigué et bien sur, il est au mauvais endroit, au mauvais moment. Depuis Halloween, l'unité de lieu, de temps et d'action est toujours bien présente et extrêmement bien définie.
Carpenter s'amuse et jubile comme jamais, car bien qu'écœuré par le système et la lobotomie de ses compatriotes, il se réjouit de trouver matière à idées dans cet amalgame de corruptions et d'affaires sordides.
Mais They Live n'est pas qu'un film au message révolutionnaire, c'est aussi une réflexion sur l'engagement et la foi envers un monde par rapport à une crise grave. L'amitié qui va lier Nada et Franck explorera intelligemment cette voie car les deux hommes vivent complètement différemment. Nada n'ayant aucune attache, Franck, lui, a une famille et veut suivre la ligne blanche et bien droite de la vie imposée par la société pour pouvoir préserver sa famille des problèmes. Dur à convaincre quand l'on a ce genre d'arguments, mais pour Nada cette ligne blanche est au milieu de la route et c'est le pire endroit pour conduire. De ce conflit entre les deux hommes, va ressortir un combat à mains nues complètement délirant et d'une durée encore une fois bien loin des habitudes Hollywoodiennes.

C'est Jeff Imada (coordinateur des cascades sur Blade Runner entre autre) qui va s'occuper de rendre cette scène la plus rude possible car contrairement aux bagarres classiques habituelles à l'écran, les deux acteurs se frappent réellement, mais toujours de façon professionnelle, afin de rendre les coups les plus réalistes possible. Dans l'idée du réalisateur, ce combat doit ressembler à celui de John Wayne opposé à Victor McLaglen dans The Quiet Man. Il ne fallut pas moins de trois semaines pour réaliser la scène. L'apothéose de cette bagarre anthologique en sera la conclusion avec ses deux héros complètement crevés et tuméfiés dans une chambre d'hôtel.
Encore une fois Carpenter va s'entourer de sa famille avec bien sur Larry Franco, Gary Kibbe qui signe une magnifique photographie, Frank Carissosa et Jim Danforth aux effets spéciaux, Peter Jason (Prince of Darkness) et Keith David(The Thing) comme acteurs, Alan Howarth sur la musique et pour la première fois en tant que productrice Sandy King, sa future femme.
Roddy Pipper vient du catch où il y était très connu pour ses prestations et ses arrivées en kilt, sa cornemuse à la main.
Keith David qui joua donc dans The Thing accepta le rôle de Franck que Carpenter avait écrit pour lui.
Meg Foster qui joue le rôle de Holly fut remarquée dans des films tels que Les Maîtres de L'Univers ou Osterman Weekend le dernier film de Sam Peckimpah au coté de Rutger Hauer.
They Live fut tourné en 2 mois, en mars et avril 1988.
Il fallut à Carpenter et son équipe filmer certains décors, comme le kiosque à journaux, de deux façons différentes. L'une en couleur avec de vrais revues dedans et l'autre en noir et blanc avec uniquement des pages blanches aux messages subliminaux évidents.
Avec ses 3 millions de budget, le film sera rentabilisé en quelques jours et permettra à Carpenter de gagner pas mal d'argent. La série B est très souvent décrié comme un art mineur exécuter par des tacherons, mais ce n'est pas la cas ici. Les petits budgets sont remplacés par de grandes idées qui permettent de montrer et de divulguer tout ce que l'on a sur le cœur, interdit ou pas. Cela est impossible avec un gros budget hollywoodien.
Attention les gars, il y a un nouveau shérif en ville, son nom est Carpenter.

La musique, sortie chez Enigma, est difficilement trouvable. Le thème "the siege of justiceville" mérite à lui tout seul l'acquisition du cd.

Pas de qualité supérieure pour la vidéo en France puisque le format scope est respecté mais le son est transcrit dans un mono épouvantable. Aux Etats Unis le DVD, sorti en même temps que Prince of Darkness, est excellent. DVD zone 1. Le Zone 2 est sorti chez Studio Canal. Pleins de supplements et un remixage 5.1.
Si le thème vous intéresse, regardez quelques petits chefs d'œuvres comme Quatermass 2 (La Marque) de Val Guest, Invasion of the Body Snatchers (L'Invasion des Profanateurs de Sépultures) et pour ce dernier les trois versions de Don Siegel, Philip Kaufman et Abel Ferrara.